L ' A C A D E M O S

Pensée du 30 novembre 09

« Tout rite religieux sort de la victime émissaire et les grandes institutions humaines, religieuses et profanes sortent du rite »

RENE GIRARD, La violence et le sacré

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GRILLE DE LECTURE

Dans La violence et le sacré, René Girard s’appuie sur une relecture des tragiques grecs à partir des clés d’explication de la psychanalyse pour mener une enquête très originale en matière d’anthropologie. Celle-ci met l’accent sur le rôle fondateur de la violence et de la victime émissaire dans nos cultures. La violence est fondatrice de nos sociétés humaines, elle marque le pouvoir politique, le pouvoir judiciaire, l’art, le théâtre, la philosophie et l’anthropologie elle-même. Pour René Girard, nos cultures renferment des germes de violences qui s’expriment à travers des sacrifices au centre desquels se trouve toujours une victime. Tout rite religieux est secrètement fondé sur l’unanimité violente autour d’un objet de sacrifice. Chaque institution humaine opère ses sacrifices en fonction d’un rite établi. Les rites religieux se déroulent suivant un processus victimaire. La victime émissaire est la mère du rite et l’éducatrice par excellence de l’humanité. La violence des rites sacrificiels libère les foyers de violence de l’humaine condition.

Le rite sacrificiel permet aux hommes d’échapper à leurs violences. Un événement fondateur violent serait pleinement destructeur  pour une communauté si ses hommes ne cherchaient à expulser la violence au-dehors, en la focalisant de manière unanime sur une victime émissaire. Pour briser le cercle des vengeances, et ensuite réguler la violence humaine de toute société, la communauté commémore cet événement violent dans le rite du sacrifice. La violence des sacrifices, d’abord maléfique, se transforme en violence bénéfique, puisque la violence protège la communauté de sa propre violence et qu’elle est à l’origine du rite, lui-même à l’origine de la pensée religieuse, du sacré et de l’ordre culturel. Cette violence naît souvent du désir mimétique.

Selon René Girard, le désir est essentiellement mimétique. Le désir mimétique est le processus déclencheur de la crise violente, du fait qu’il fait naître la violence réciproque. Il s’appréhende entre deux antagonistes : le modèle, et le rival. C’est à dire que le désir se calque sur un désir modèle et se plaît à élire et à adopter les choix de son modèle. Le modèle à son tour va montrer au rival quel objet est extrêmement désirable, en le désirant lui-même : les deux désirs convergent vers le même objet et se font obstacle. Cela crée un cercle vicieux du désir où le désir du modèle va soudainement se heurter à celui du rival. Cette situation va rapidement dégénérer en conflit violent, créant une rivalité entre le modèle et le rival.

La raison de ce conflit se trouve dans le fait que le modèle s’estime trop au-dessus du disciple, et le disciple, trop au-dessous du modèle. Le disciple peut aussi s’élire comme modèle et devenir son propre disciple, le maître peut être de son côté le disciple d’un autre modèle. Et la situation humaine se caractérise fondamentalement par la position du disciple. Cela dégénère toujours en invectives. Cette contagion mimétique risque de détruire la communauté si la victime émissaire ne venait pas l’arrêter, si une mimésis rituelle ne venait empêcher le cycle de se poursuivre. En canalysant les énergies vers les formes rituelles, l’ordre culturel s’oppose à la convergence des désirs sur un même objet.  Mais la réalité est cinglante, il faut qu’il y ait victime émissaire pour que le rite soit possible et que nos sociétés soient délivrées de cet engrenage de violences.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 29 novembre

L’academos

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