L ' A C A D E M O S

Pensée du 27 octobre 10

«Toute philosophie est d’une certaine façon, la fin de l’histoire.»

PAUL RICOEUR, Histoire et vérité

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GRILLE DE LECTURE

La philosophie est cette activité millénaire de recherche de la vérité, réservée à ceux qui affectionnent la vie et la liberté de l’esprit. C’est une réflexion visant une interprétation globale du monde et de la condition humaine. Son questionnement porte aussi bien sur la vérité, le bien, le beau, le bonheur que sur le sens de la vie. Ses créations ne sont pas en principe des vérités atemporelles, car aucun philosophe n’a le monopole de la vérité sur les choses. Toute affirmation est susceptible de dépassement et de totale remise en question. Ainsi, pour être un savoir totalisant sur l’ensemble du pouvoir être humain, la philosophie ne peut pas clôturer le vrai ; aucune pensée ne peut être admise éternellement pour ce qu’elle est, elle ne peut pas mettre un terme à l’histoire en dépit de sa prétention à la totalité et à l’universalité. Aucune interprétation globale du monde n’est définitivement irréfutable parce qu’à chaque époque son intuition métaphysique et ses clés de lecture du monde.

Or, constate Paul Ricœur, toutes les philosophies, ou presque, commettent cette faute antiphilosophique : elles prétendent tout le contraire de ce qui est leur cahier de charge commun. Parfois, ce n’est pas qu’une prétention. La puissance persuasive et démonstrative que mobilise chaque philosophe passe pour un indice du désir d’absoluité et d’éternité qui habite toute philosophie. N’est-ce pas ce qui fait dire à Ricœur que «Toute philosophie est d’une certaine façon, la fin de l’histoire » ? Descartes tenta de nettoyer son esprit de toutes les opinions étrangères, de répudier le passé philosophique qui l’a formé et de juger seul. Avec lui, on pouvait s’attendre à une philosophie pour le moins originale, qui non seulement ne doive rien à l’histoire de la philosophie, mais surtout apparaisse comme l’interprétation la plus fiable de l’être. Mais rien n’y fit. Hegel a aussi tenté de bâtir une tour imprenable reposant sur une structure logique impressionnante chapeautée par la philosophie de l’esprit. A son époque, il semblait mettre fin au règne de Kant et annoncer une autre histoire qui ne serait guère que la sienne.

Mais en fait, aucune philosophie ne peut clore l’histoire. Toute philosophie est une reconstruction herméneutique dont la pertinence ne peut être éternelle. La philosophie intègre les acquis de l’histoire de la pensée pour projeter une nouvelle vision des choses. On se rappelle les courants philosophiques de la déconstruction représentés par Heidegger, Derrida. L’essentiel de ce qui a été fait avant eux a été remis en cause. La définition de la philosophie elle-même n’a pas fini de diviser les esprits compétents. Cette forme de réflexion éprise de liberté et d’inventivité ne peut pas en principe admettre de vérité définitive tant que l’homme, le sujet de la philosophie, ressemble à « une ombre qui passe » et que le regard humain sur l’existence est fonction du temps et de l’espace.

Emmanuel AVONYO, op

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