L ' A C A D E M O S

Pensée du 22 novembre 10

« Par raison, par devoir, constitutionnellement si l’on peut dire, la philosophie doit-elle aboutir, quel que soit le stade de son évolution, à reconnaître en quoi elle est normalement incomplète… »

Maurice Blondel, in Bulletin de la Société française de philosophie, XXXI, p. 88.

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GRILLE DE LECTURE

Aucune philosophie ne saurait s’autosuffire. Toute philosophie est normalement incomplète. Qu’est-ce à dire ? L’autonomie du discours et le principe d’auto-fondation sont souvent perçues comme les exigences fondamentales du discours philosophique. Ainsi, la philosophie ne peut en principe se soumettre qu’à la seule lumière de la raison naturelle. Affirmer son incomplétude comme relevant de la norme, n’est-ce pas porter atteinte à cette autonomie supposée ? Maurice Blondel, dans un texte intitulé « la philosophie chrétienne existe-t-elle comme philosophie ? » soutient que par raison et par devoir, toute philosophie devrait en principe reconnaître en quoi elle est normalement incomplète. Simon Decloux commentant cette idée, note que la question ouverte par Blondel concerne la philosophie dans sa totalité et dans son essence même (Simon DECLOUX, in Pour une philosophie chrétienne). Toute entreprise rationnelle de saisie du sens du réel, poussée au terme de son propre mouvement, trouve sa finalité dernière dans cette humilité philosophique.

En effet, pour Maurice Blondel, toute démarche philosophique doit prendre conscience de la manière dont « elle creuse en elle et devant elle un vide préparé non pas seulement pour ses découvertes ultérieures et sur son propre terrain, mais pour des lumières et des apports dont elle n’est pas elle-même et ne peut devenir l’origine réelle » (idem). C’est pourquoi la réflexion philosophique, quel que soit le stade de son évolution, doit s’ouvrir à une sagesse supérieure. Cette ouverture par le haut est faite en direction de l’Unique nécessaire, génératrice de raison pensante, dont la philosophie ne peut véritablement déterminer la nature, ni la manière dont il s’inscrit dans l’existence de l’homme. Le philosophe ne doit pas rester enfermé dans les limites humaines de son activité. Il doit ouvrir son cœur et son intelligence à accueillir un don qui le dépasse. Nous pensons ici à Pierre-Philippe Druet qui écrivait que « rien d’humain n’est ontologiquement auto-fondé, y compris la démarche philosophique elle-même ». Si tant est que la philosophie est une activité humaine, elle doit se prémunir contre « les extrapolations abusives », « les solutions prématurées » et « les conclusions faussement exclusives ».

Emmanuel AVONYO, op

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