L ' A C A D E M O S

Pensée du 24 novembre 10

Parménide d’Elée dit dans son Poème :

« Car même chose sont et l’être et le penser. »

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 23.

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GRILLE DE LECTURE

Dans Le Sophiste, Platon nous présente Parménide comme un patriarche, vu son importance décisive dans l’histoire de la philosophie. Cela ne l’a pas empêché de commettre un parricide philosophique à son encontre. Il convient de revisiter souvent cette doctrine en fragments dont le rayonnement transcende tous les temps de la philosophie. Parménide a souvent blâmé ceux qui faisaient coïncider l’être et le non-être dans l’intelligible. Le même et le non-même ne sauraient coïncider. Parménide assure qu’une proposition contradictoire ne peut pas être vraie en même temps que celle qu’elle contredit. Cette position a conduit Parménide à réduire au même l’être et l’intellect. Le penser et l’être ne se contredisent pas. Mais avant lui, Aristophane se serait servi du même rapport pour lier l’agir et le penser : « Car agir et penser équivalent au même. » Pour Parménide en effet, si l’être et le non-être ne peuvent pas coïncider dans la pensée, c’est parce que le penser et l’être s’identifient. Mais comment ? L’interprétation que fait Aristote du problème de l’être parménidien oppose l’exigence de la raison selon laquelle l’être est, à l’inexistence des non-êtres. Ainsi l’équation éléate entre le penser et l’être exprimerait-elle l’impossibilité de concevoir autre chose que l’être.

Selon Parménide, on ne peut penser que l’être, le non-être n’étant pas. Il importe peut-être de préciser aux cartésiens que nous sommes, que l’expression « Car même chose sont et l’être et le penser » ne signifie pas que le sujet pensant soit une chose pensante dont l’existence est appréhendée par l’acte même de penser. Le Cogito cartésien n’a pas vu le jour avant Descartes. De l’avis de Plotin, cette affirmation de Parménide signifie que l’intellect est impuissant à saisir autre chose que ce qui est, de sorte que tout ce qui n’est pas se situe en dehors de toute pensée intellectuelle. Penser l’existence du non-être est du ressort de la doxa et des sens. En dépit des contradictions que les spécialistes relèvent dans le Poème de Parménide, on peut retenir que ce dernier oppose à la voie de l’être, la voie du non-être : « Il est ou il n’est pas… Ce qui peut être dit et pensé se doit d’être : car l’être est en effet, mais le néant n’est pas ». On ignore si Parménide a véritablement envisagé une voie intermédiaire, l’éventualité d’une médiation entre l’être et le non-être, une sorte de bicéphalisme de l’être. On sait seulement que Parménide critique sévèrement Héraclite : « Ecarte-toi de l’autre voie : celle où errent des mortels dépourvus de savoir et à double tête. En effet, dans leur cœur, l’hésitation pilote… Etre et non-être sont pris tantôt pour le même et tantôt le non-même… Tout chemin retourne sur le même.

Emmanuel AVONYO, op

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