L ' A C A D E M O S

Pensée du 25 avril 11

« La perfection de l’art réside dans le jugement. »

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 8

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GRILLE DE LECTURE

Existe-t-il une œuvre d’art parfaite ? De quel point de vue concevoir la perfection de l’art ? S’agit-il d’un achèvement purement technique ou d’une satisfaction artistique ? Ces questions traceront le chemin de notre petite contribution à la compréhension de cette pensée. Considérons qu’il s’agisse aussi bien de la finalisation technique que de l’appréciation subjective de l’œuvre d’art. Il semble que la perfection soit impossible en tous points de vue. Car, au vrai, aucun artiste ne peut prétendre être totalement satisfait lorsqu’il contemple le produit de son art. Paul Valéry confiait dans ses Souvenirs poétiques que l’œuvre en elle-même et pour elle-même ne peut jamais être achevée : « il n’y a pas d’artiste véritable qui, ayant fait quelque chose, puisse dire : en mon âme et conscience, ceci est fini. » Prenons en exemple une œuvre musicale, un chant composé et harmonisé. L’auteur de cette œuvre est toujours porté à ajuster certains accords toutes les fois qu’il réentend son morceau, au risque de changer fondamentalement l’inspiration initiale. On peut donc être lassé de poursuivre une œuvre, vu le temps qu’on a déjà consenti pour sa conception ; on peut également admettre avoir atteint un niveau acceptable de réalisation. Mais la satisfaction n’est jamais totale, l’inspiration se renouvelle selon le temps.

Et pourtant, Thomas d’Aquin pense que le jugement perfectionne l’art. Il est évident que l’artiste ne peut pas abandonner son œuvre sans porter sur elle un jugement esthétique. Et puis l’artiste et l’artisan ne sont pas seuls à juger de leur produit. Une fois terminée, c’est-à-dire réalisée, l’œuvre tombe dans le domaine public, elle est livrée à la critique de tous ceux qui la voient. Le jugement appartient aux autres. Cependant, un artiste peut reconnaître que son œuvre l’exalte et lui donne un véritable épanouissement. Même si Nietzsche affirmait que l’artiste doit se taire en présence de son œuvre, car il se peut qu’il ne comprenne pas son œuvre, il est clair que l’artiste est la mesure de son œuvre, il est relatif à son œuvre en dépit de sa subjectivité artistique. Il ne peut arrêter son travail sans apprécier la qualité artistique de ce qu’il a produit. Que le jugement soit de l’artiste ou d’une tierce personne, il apparaît que la perfection de l’œuvre se trouve dans le jugement du goût. Toute œuvre humaine s’achève par le jugement humain. Le jugement esthétique parachève et perfectionne l’art. Angelus Silesius aurait dit que le beau est « sans pourquoi », « sans parce que », mais il est aussi vrai que l’œuvre n’est ce qu’elle est que sous le regard intelligent de l’observateur. Son jugement valorise l’œuvre et fait prendre une conscience nouvelle à l’artiste. Il ne s’agit pas de dire si une œuvre est parfaite ou non, mais de l’évaluer. En ce sens, le jugement qui perfectionne l’art est un jugement de valeur qui fait de l’œuvre artistique une œuvre comparable à d’autres.

Emmanuel AVONYO, op

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