L ' A C A D E M O S

Pensée du 15 août 17

« La croissance économique, qui devait assurer l’abondance et le bien être à tous, a fait croître les besoins plus vite qu’elle ne parvenait à les satisfaire, et abouti à un ensemble d’impasses qui ne sont pas économiques seulement : le capitalisme de croissance est en crise non seulement parce qu’il est capitaliste, mais aussi parce qu’il est de croissance. On peut imaginer toute sorte de palliatifs à l’une ou l’autre de ces impasses dont cette crise mondiale résulte. Mais sa nouveauté est qu’elle est aggravée à terme par chacune des solutions partielles et successives par lesquelles on prétend la surmonter… Nous savons que, depuis cent cinquante ans, les sociétés industrialisantes vivent du pillage accéléré de stocks dont la constitution a demandé des dizaines de millions d’années et que, jusqu’à ces tout derniers temps, les économistes, qu’ils fussent classiques ou marxistes, ont rejeté comme régressives ou comme réactionnaires les questions concernant l’avenir à très long terme : celui de la planète, celui de la biosphère, celui des civilisations. À long termes, nous serons tous morts, disait Keynes, pour expliquer par une boutade que l’horizon temporel de l’économiste n’avait pas à dépasser les dix ou vingt prochaines années : la science, nous assurait-on, découvrirait de nouvelles voies, les ingénieurs de nouveaux procédés encore insoupçonnés aujourd’hui. »

André Gorz, Écologie et liberté, 1977, Éditions Galilée.

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