« L’écrivain consomme et ne produit pas, même s’il a décidé de servir par la plume les intérêts de la communauté. Ses œuvres restent gratuites, donc inestimables ; leur valeur marchande est arbitrairement fixée. À certaines époques on le pensionne, à d’autres il touche un pourcentage sur le prix de vente de ses livres. Mais pas plus qu’entre le poème et la pension royale sous l’ancien régime, il n’y a, dans la société actuelle, de commune mesure entre l’ouvrage de l’esprit et sa rémunération au pourcentage. Au fond on ne paie pas l’écrivain: on le nourrit, bien ou mal selon les époques. Il ne peut en aller différemment, car son activité est inutile : il n’est pas du tout utile, il est parfois nuisible que la société prenne conscience d’elle-même. Car, précisément, l’utile se définit dans dans les cadres d’une société constituée et par rapport à des institutions, des valeurs et des fins déjà fixées. »
Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, 1948, Folio essais, 2011, p. 88-89.
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