« Sous cette expression de sensus communis on doit comprendre l’Idée d’un sens commun à tous, c’est-à-dire d’une faculté de juger, qui dans sa réflexion tient compte en pensant (a priori) du mode de représentation de tout autre homme, afin de rattacher pour ainsi dire son jugement à la raison humaine tout entière et échapper, ce faisant, à l’illusion, résultant de conditions subjectives et particulières pouvant aisément être tenues pour objectives, qui exercerait une influence néfaste sur le jugement. C’est là ce qui est obtenu en comparant son jugement aux jugements des autres, qui sont en fait moins les jugements réels que les jugements possibles, et en se mettant à la place de tout autre, tandis que l’on fait abstraction des bornes, qui de manière contingente sont propres à notre faculté de juger; on y parvient en écartant autant que possible ce qui dans l’état représentatif est matière, c’est-à-dire sensation, et en prêtant uniquement attention aux caractéristiques formelles de sa représentation (…). Sans doute cette opération de la réflexion paraît bien trop artificielle pour que l’on puisse l’attribuer à cette faculté que nous nommons le sens commun ; toutefois elle ne paraît telle, que lorsqu’on l’exprime dans des formules abstraites; il n’est en soi rien de plus naturelle que de faire abstraction de l’attrait et de l’émotion, lorsqu’on recherche un jugement qui doit servir de règle universelle (…) »
Kant, Critique de la faculté de juger, §40, 1790
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