L ' A C A D E M O S

Pensée du 10 mars 19

« Les peuples qui nous ont conservés le souvenir de cette première période des sociétés modernes ont eu conscience du caractère ambigu de l’organisme naissant et ce n’est pas sans motif que le mythe prométhéen reflète à la fois une victoire sur les dieux et un enchaînement, ni que la Bible, dans la Genèse, expose le meurtre d’Abel par l’agriculteur Caïn, bâtisseur de la première ville et ancêtre de son doublet Tubalcaïn, premier métallurgiste.

Le technicien est donc bien le maître de la civilisation parce qu’il est le maître des arts du feu. C’est du foyer (que quelques siècles de céramique lui ont appris à conduire) que sort le plâtre, et bientôt après, le cuivre et le bronze. Ce sont les scories et laitiers, résidus de l’élaboration métallurgique, qui suscitent le verre. Mais l’artisan est un démiurge asservi. (…) Sa position dans le dispositif techno-économique est une position de subordination (…). C’est lui qui, tout au long du courant de cinquante siècles, sans que les niveaux idéologiques aient réellement évolué, a mis entre les mains des hommes « capitaux » les moyens de réaliser le triomphe du monde de l’artificiel sur celui de la nature. L’atmosphère de malédiction dans laquelle, pour la plupart des civilisations débute l’histoire de l’artisan du feu, n’est que le reflet d’une frustration intuitivement perçue dès l’origine. »

Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, 1964

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