« Ce que je dirai tout d’abord, c’est que l’esprit ou, comme nous l’appelons souvent, la pensée, conseil et gouvernement de notre vie, est une partie de l’homme non moins réellement que la main, le pied et les yeux sont des parties de tout l’être vivant. En vain une foule de philosophes assurent que le sentiment et la pensée n’ont pas dans l’homme un siège particulier; mais, disent-ils, c’est une disposition vitale du corps, appelée harmonie par les Grecs, quelque chose qui nous fait vivre et sentir. (…) Et puisque nous avons découvert que l’esprit et l’âme sont une partie du corps, rends aux Grecs ce nom d’harmonie descendu pour les musiciens du haut de l’Hélicon ou qu’ils ont tiré je ne sais d’où pour l’appliquer à un objet qui n’avait pas encore de nom à lui. Qu’ils le gardent en tout cas ! Et toi, suis le fil de mon discours. Je dis maintenant que l’esprit et l’âme se tiennent étroitement unis et ne forment ensemble qu’une même substance; toutefois ce qui est la tête et comme le dominateur de tout le corps, c’est le conseil que nous appelons esprit et pensée; lui, il se tient au centre de la poitrine. C’est là en effet que bondissent l’effroi et la peur, c’est là que la joie palpite doucement, c’est donc là le siège de l’esprit et de la pensée (…) »
Lucrèce, De la nature, Livre III, 1er siècle av. JC
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