Depuis longtemps déjà j’ai proposé que l’on se demande si les convictions ne sont pas des adversaires plus dangereux de la vérité que les mensonges. Cette fois-ci, j’aimerais poser la question décisive : y a-t-il la moindre opposition entre le mensonge et la conviction? — Tout le monde le croit; mais que ne croit pas tout le monde? Toute conviction a son histoire, ses formes primitives, ses tentatives et ses échecs : elle devient conviction après une longue période pendant laquelle elle ne l’était pas, et une plus longue encore où elle l’était à peine. Eh quoi? Parmi ces formes embryonnaires de la conviction, ne pourrait-il y avoir aussi le mensonge? — Il suffit parfois d’une substitution de personne : ce qui était encore mensonge chez le père devient conviction chez le fils.
Nietzsche, L’Antéchrist, §55, 1895
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