« Je me suis placé pour ainsi dire à l’intérieur de l’action humaine pour reconnaître quelles en sont les exigences, pour en mesurer toute l’expression irrésistible. »
Maurice BLONDEL, L’action.
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GRILLE DE LECTURE
Maurice BLONDEL découvre qu’il agit sans même savoir ce qu’est l’action, sans connaître au juste qui est l’homme. Or, pour comprendre le sens de la condition humaine, il faut affronter le problème de l’action humaine. Cela revient à étudier la dialectique de la vie réelle, à déceler ce qui est inévitable et nécessaire dans le déploiement de l’action. Pour ce faire, il faut se porter au cœur l’action en vue de la thématisation réflexive de son vécu. Nous nous proposons d’indiquer ici les grandes lignes de l’Action de Blondel. La méthode de Blondel repose sur la dialectique intérieure à la volonté, la dialectique de la volonté voulante et de la volonté voulue, du mouvement réfléchi et du mouvement spontané de la volonté. La thématisation de cette dialectique comprend cinq parties. Intéressons-nous aux trois premières qui nous présentent l’homme aux prises avec le monde. Pour Blondel, il nous faut répondre à trois questions. Voici la première : y a-t-il un problème de l’action ? (L’action pose-t-il problème ?) Deux attitudes s’offrent, celle du dilettante et celle de l’esthète. Le dilettante évacue le problème et prétend goûter au plaisir relatif à tout, c’est-à-dire sans jamais s’engager à fond. Blondel répond que passer outre le problème de l’action sous le fallacieux prétexte de ne rien vouloir et de ne s’engager dans rien, c’est se vouloir soi-même, c’est s’engager subtilement (au fond) à ne vouloir que Soi pour objet : pur égoïsme.
Deuxième question : la solution du problème de l’action est-elle négative ? (Faut-il ne pas agir ?) Pour le dilettante, il ne faut rien attendre de la vie, parce qu’elle ne peut rien donner ; le néant est le but de l’ambition humaine, la connaissance met en évidence la vanité de la condition humaine. Contre cette attitude pessimiste et nihiliste, Blondel répond : on ne peut concevoir ni vouloir le néant absolu. Au vrai, la volonté du néant procède d’un amour absolu de l’être, on veut en vérité (profondément) qu’il y ait quelque chose de consistant en soi. C’est la volonté voulue qui s’empresse de répondre en la personne du dilettante. Sa volonté voulante est autre. Cet élan du vouloir spontané (de la volonté déclarée) questionne néanmoins la consistance même de tout l’ordre naturel et scientifique : existe-t-il quelque chose d’humainement consistant en soi ? Il appelle la volonté voulante (profonde) à se prononcer sans tarder. Troisième question : le désir de l’absolu étant, l’action humaine peut-elle être bornée au domaine naturel ? Après avoir passé en revue toutes les sphères de l’activité humaine, Blondel conclut qu’aucune d’elles, ni leur totalité, ne suffit à combler le vouloir de l’homme. Ainsi, il est impossible de ne pas reconnaître l’insuffisance de tout l’ordre naturel. Cette troisième question rend compte de la troisième partie de la théorie de l’action de Blondel, troisième partie qui est une genèse du surnaturel. Nous n’avons pas analysé ici les deux dernières parties de la théorie : elles concluent à la nécessité de prendre au sérieux l’idée de la révélation et de l’ordre surnaturel.
Emmanuel AVONYO, op