Archive for the ‘METAPHYSIQUE’ Category

Pensée du 06 mars 20

« J’aimerais dire que déjà la relation de l’âme et du corps n’est pas tout à fait semblable, que le lien au corps est par nature chez la femme, en moyenne, plus intime. Il me semble que l’âme féminine vit plus intensément dans toutes les parties du corps, et y est présente, et qu’elle est intimement touchée par ce qui lui arrive, alors que chez l’homme le corps a plus fortement le caractère d’un outil, qui lui sert dans son travail, ce qui entraîne une certaine distanciation »

Edith Stein (ESGA 13, 86)


Pensée du 30 janvier 20

« L’acte de nommer, qui est presque naturel chez l’homme, donne à voir toujours la nécessité de clarté dans le rapport de l’homme à lui-même et aux choses, dans la mesure où jamais il ne peut y avoir d’apport vrai pour l’homme, que si et seulement si les choses lui apparaissent toujours comme éclosion permanente de sens. Si l’homme nomme, c’est parce qu’il présuppose quelque chose comme le sens, c’est-à-dire de la possibilité de comprendre et de penser les choses en fonction des données du temps et de l’espace. »

Jean Gobert Tanoh, Hegel le pur penseur de l’Afrique. Essai sur le devenir de l’être africain, Paris, Edilivre, 2014

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Pensée du 29 janvier 20

« Qui veut penser, doit penser intelligibilité. Cela ne signifie pas d’abord que la pensée doit être claire et rigoureuse, mais pour qu’elle puisse se déployer même comme pensée, la pensée doit réaliser qu’elle se tient dans des données de sens, qui préexistent, et qui lui donnent comme telle d’être la chose qui pense. La pensée, pensant à partir de l’intelligibilité, met en évidence, de façon historiale, ce qui est non perceptible au regard ordinaire. La symbolique de la lumière n’exprime donc pas moins l’essence intelligible de la Vie. »

Jean Gobert Tanoh, Hegel le pur penseur de l’Afrique. Essai sur le devenir de l’être africain, Paris, Edilivre, 2014

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Pensée du 05 novembre 19

Pour savoir si on est heureux, il suffit de poser cette question : à supposer qu’on ait le choix intégral du lieu, du temps, de la compagnie, de l’action et du contexte, préférerions-nous demeurer là où nous sommes, à faire exactement ce que nous sommes en train de faire ? Répondre oui, c’est être heureux. Car on ne peut concevoir de bonheur plus grand que de préférer son présent à tous les plaisirs imaginables. Tel est donc le bonheur absolu : l’état dans lequel rien de ce que nous pouvons désirer ne nous semble préférable à ce que nous vivons. Et paradoxalement, le bonheur absolu est ce que nous connaissons toujours, notre état permanent. Il ne nous semble imaginaire que parce qu’il est réel, toujours réel. Réel en permanence. Car si nous étions si malheureux de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, n’aurions nous pas depuis longtemps choisi d’être et de vivre autre chose? J’ai choisi tout ce que je vis, et, que je m’en réjouisse ou que je le déplore, j’en suis heureux. J’ai toujours la possibilité de partir, un pied devant l’autre sans explication ni adieu. Et toujours cette liberté majeure, indestructible, de me détruire. La simple possibilité du suicide me force à admettre que je suis toujours heureux, quoi que je vive, du simple fait que j’ai préféré vivre cela que mourir. Le bonheur absolu se réfugie parfois dans le moindre mal, mais il est permanent: nous sommes toujours très heureux (…)

Source : Connaissez-vous le bonheur absolu ?

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Pensée du 27 octobre 19

« En s’engageant beaucoup plus radicalement dans leur activité, le scientifique, le philosophe et l’artiste découvrent avec Emmanuel Levinas que « le véritable désir est celui que le désiré ne comble pas, mais creuse », et qu’il est cherché ici ce qui, loin de pouvoir être trouvé et conquis conceptuellement, ouvre à une nuit mystique, à cette sorte de « nullité » signifiant, non une insuffisance, un rien, mais une transcendance par quoi, dans une déprise (Entlassung), l’homme apprend à simplement devenir témoin et citoyen du sens. Pour tout dire, l’homme rencontre ce que Gabriel Marcel appelle le mystère, ce qui, me cernant et me concernant, m’enveloppant et m’impliquant, ne saurait être tout entier devant moi. En nous faisant sentir le mystère de l’univers et de la matière, de l’être et de l’homme, de la beauté et du symbole, science, philosophie et art, ne conduisent-ils pas à la même sagesse, celle du SENS RENCONTRÉ que nulle logique ne saurait subsumer ni arraisonner, mais qui, en tant que flamme du divin, vient en toute simplicité auprès de nous mendier sa vie en nous demandant de le contempler, d’être les gardiens des semences du possible ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

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Pensée du 26 octobre 19

« La science, la philosophie et l’art, comme formes privilégiées d’accès au réel, ont pour horizon téléologique ultime l’avènement de l’expérience fondamentale de la mystique… Quand elles consentent à l’humble effort de se rendre fluides en elles-mêmes pour quêter l’aqua ignea, l’eau passée par l’épreuve du feu qui ne cesse de les irriguer, ces trois disciplines ne se surprennent-elles pas à être portées sur les rivages de quelque chose les invitant à confesser l’infini inconnaissable, l’absolu de la donation du divin laissant suggérer symboliquement et allusivement sa suressence, dans la gratuité et la libéralité du SENS ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

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Pensée du 20 octobre 19

« Il est sans doute très louable aux princes d’être fidèles à leurs engagements ; mais parmi ceux de notre temps qu’on a vu faire de grandes choses, il en est peu qui se soient piqués de cette fidélité, et qui se soient fait un scrupule de tromper ceux qui se reposaient en leur loyauté. Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre, l’une avec des lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes ; mais lorsque les lois sont impuissantes, il faut bien recourir à la force ; un prince doit savoir combattre avec ces deux espèces d’armes […]. Or les animaux dont le prince doit savoir revêtir les formes sont le renard et le lion. Le premier se défend mal contre le loup, et l’autre donne facilement dans les pièges qu’on lui tend. Le prince apprendra du premier à être adroit, et de l’autre à être fort. Ceux qui dédaignent le rôle de renard n’entendent guère leur métier ; en d’autres termes un prince prudent ne peut ni ne doit tenir sa parole, que lorsqu’il le peut sans se faire tort, et que les circonstances dans lesquelles il a contracté un engagement subsistent encore. »

Machiavel, Le Prince

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Pensée du 19 octobre 19

« L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde. L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais: il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même (…) Mais la conscience en ouvrant devant nous l’infini, nous montre la misère de toutes nos acquisitions. A quoi servirait la conscience, si elle enfermait le moi dans sa propre clôture? Mais, en la lui découvrant, elle l’invite sans cesse à la franchir. Et c’est parce qu’elle est désintéressée qu’elle nous délivre de notre attachement à nous-même et par conséquent de nos limites (…) La conscience nous relève de cet être individuel qui s’agite en chacun de nous, qui frémit, qui désire et qui souffre. Mais en prendre conscience c’est cesser de s’identifier avec lui. Le moi ne se réalise qu’en se tenant aussi éloigné que possible de cette idée même du Tout dont il n’est qu’une partie, mais avec laquelle il communique et où il puise un perpétuel enrichissement. Le mystère du moi, c’est de n’être que désir, de ne s’accomplir qu’en sortant de soi et, pour ainsi dire, d’être là où il n’est pas plus encore qu’où il est. Il n’a la certitude de se découvrir que quand il se délivre de soi ; et il n’y a point pour lui d’autre vie que de se quitter sans cesse et de se réfugier sans cesse dans un autre moi plus vaste qui est toujours au-delà de lui-même. »

Louis Lavelle

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Pensée du 05 août 19

« Les atomes descendent bien en droite ligne dans le vide, entraînés par leur pesanteur ; mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s’écarter un peu de la verticale, si peu qu’à peine peut-on parler de déclinaison. Sans cet écart, tous, comme des gouttes de pluie, ne cesseraient de tomber à travers le vide immense ; il n’y aurait point lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n’eût pu rien créer. … Enfin, si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d’un premier naît un second suivant un ordre rigoureux ; si, par leur déclinaison, les atomes ne provoquent pas un mouvement qui rompe les lois de la fatalité et qui empêche que les causes ne se succèdent à l’infini, d’où vient donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants, d’où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? Nos mouvements peuvent changer de direction sans être déterminés par le temps ni par le lieu, mais selon que nous inspire notre esprit lui-même. Car, sans aucun doute, de tels actes ont leur principe dans notre volonté et c’est là que le mouvement se répand dans les membres. Ne vois-tu pas qu’au moment où s’ouvre la barrière, les chevaux ne peuvent s’élancer aussi vite que le voudrait leur esprit lui-même ? Il faut que de tout leur corps s’anime la masse de la matière qui, impétueusement portée dans tout l’organisme, s’unisse au désir et en suive l’élan. Tu le vois donc, c’est dans le coeur que le mouvement a son principe ; c’est de la volonté de l’esprit qu’il procède d’abord, pour se communiquer de là à tout l’ensemble du corps et des membres. C’est pourquoi aux atomes aussi nous devons reconnaître la même propriété : eux aussi ont une autre cause de mouvement que les chocs et la pesanteur, une cause d’où provient le pouvoir inné de la volonté, puisque nous voyons que rien de rien ne peut naître.

Lucrèce, De la Nature, livre II, trad. M. Conche, in Lucrèce, Seghers, 1967, pp. 144-146.


Pensée du 25 juillet 19

« L’intelligence universelle est la faculté intime la plus réelle et la plus propre, la partie la plus efficace de l’âme du monde. C’est la même intelligence qui remplit tout, illumine l’univers et dirige convenablement la nature et la production de ses espèces; elle est à la production des choses naturelles ce que notre esprit est à la production ordonnée des espèces rationnelle. Les Pythagoriciens l’appellent le Moteur et l’agitateur de l’univers… Les Platoniciens la nomment forgeron du monde. Ce forgeron, disent-ils, procède du monde supérieur, qui est tout unité, du monde sensible, qui est multiple et où règne, non seulement l’amitié, mais aussi la discorde, grâce à la séparation des parties. Cette intelligence, insérant et apportant du sien dans la matière, demeurant elle-même quiète et immobile, produit tout. Les Mages la disent très féconde en semences, ou plutôt, le semeur, parce que c’est lui qui imprègne la matière de toutes les formes et qui, suivant leur destination ou leur condition, les figure, les forme, les combine dans des plans si admirables qu’on ne les peut attribuer si au hasard, ni à aucun principe qui ne sait pas distinguer et ordonner. Orphée l’appelle l’oeil du monde, parce qu’il voit à l’intérieur et à l’extérieur de toutes les choses naturelles, afin que tout, aussi bien intrinsèquement q’extrinsèquement, se produise et se maintienne dans ses propres proportions… Plotin le dit père et générateur, parce qu’il distribue les semences dans le champ de la nature et qu’il est le plus proche dispensateur des formes. Pour nous, il s’appelle l’artiste interne, parce qu’il forme la matière et la figure du dedans, comme du dedans du germe ou de la racine, il fait sortir et développe le tronc, du tronc, les premières branches, des premières branches les branches dérivées, de celles-ci les bourgeons… »

Bruno Giordano, Cause, principe et unité, Edtions d’aujourd’hui, p.89-90.

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