L ' A C A D E M O S

Pensée du 24 janvier 11

« La guerre et la paix ne sont pas de simples accidents de l’histoire, mais elles font partie de la substance même de l’histoire. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007, p. 60.

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GRILLE DE LECTURE

Toute guerre, qu’elle soit « juste », « sainte », « punitive » ou « préventive », est porteuse d’extrêmes violences, et les moindres gestes de violence peuvent occasionner des guerres aux ampleurs insoupçonnées. La paix quant à elle est recherchée par tous, elle est l’harmonie rêvée entre toutes nos aspirations humaines et les conditions de leur effectuation socio-politique. Vu les horreurs qui l’entourent, la guerre pourrait bien être l’exception, et la paix, la règle. Mais ni l’une ni l’autre n’est un accident de l’histoire. En fait, l’alternance des scènes de violence, des conflits armés et des efforts de paix est un phénomène observable dans toutes les sociétés humaines, dans toutes les cultures et à toutes les époques. L’histoire humaine ressemble évidemment à des phases cycliques de guerre et de paix dont la chronologie est effarante. Inutile de donner ici un cours d’histoire. La guerre et la paix s’attirent comme des aimants, au point que certains ont pu dire que « Qui veut la paix prépare la guerre ». En effet, pour Lanciné Sylla qui veut dégager une théorie générale d’une culture universelle de la paix et de la guerre, la recherche de la paix et de la sécurité a toujours amené les peuples à se faire la guerre et à se donner des espaces de sécurité de plus en plus vastes. La guerre serait-elle alors le principe dynamique qui fait évoluer l’histoire comme les erreurs font avancer la science ?

Hegel de la Phénoménologie de l’esprit a pu écrire que la violence est le moteur de l’histoire des consciences humaines engagées dans une lutte pour la vie et pour la mort. Pour cela, notre histoire commune est faite d’une dialectique permanente entre guerre et paix, cette dialectique se manifestant comme le moteur de l’histoire, comme ce qui donne sens et direction à l’histoire. La guerre apparaît chez Hegel comme une condition de la liberté de la conscience car « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve sa liberté ». Quoi qu’il en soit de cette thèse, la dialectique de la violence et de la paix semble un phénomène historique universel qui n’a rien d’accidentel. Elle ne traduit pas nécessairement un dysfonctionnement culturel. Si la guerre est un phénomène spécifique à l’homme, comme l’indique Lanciné Sylla, ce phénomène se retrouve dans toutes les civilisations en tant que la manifestation violente de l’agressivité vitale et de l’hostilité des hommes à cohabiter avec la différence. C’est peut-être la raison pour laquelle toute communauté humaine politiquement organisée est séparée des autres par des frontières. La corrélation semble indéniable entre la volonté de guerre, le désir de paix et la défense d’une oasis de bonheur. Il n’en demeure pas moins que la dialectique de la paix et de la guerre est une réelle menace pour l’espèce humaine, vu l’accroissement sans limite du pouvoir de l’homme sur l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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