Posts Tagged ‘Anthropologie de la paix’

Pensée du 12 mars 11

« Pour résumer toute notre anthropogenèse de la paix le plus simplement possible, disons qu’elle ne tient qu’en trois choses : l’arbre à palabre, qui symbolise la communication politique et sociale ; le bois sacré, qui symbolise le silence transcendantal ; et les sociétés initiatiques, qui symbolisent l’éthique de la paix, car seuls ceux qui sont initiés au silence transcendantal peuvent être promoteurs de paix authentique en théorie comme en pratique ; la théorie de la paix étant du domaine de la parole, de l’enseignement, de l’éducation à la paix ; la pratique de la paix étant de celui de l’action, du comportement et des attitudes pacifiques avec les hommes et entre les hommes. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007.

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Pensée du 27 février 11

« Il ne fait nul doute que les exigences mêmes d’une culture universelle de la paix posent un problème si vaste et si complexe, que le développement et les explications de celui-ci demanderaient que l’on écrive autant de livres qu’il y a de sociétés et de cultures différentes dans le monde. Car, pour étudier la contribution de toutes les sociétés et cultures humaines à la culture universelle de la paix, il nous faudrait non seulement proposer une histoire très large et un bilan critique très serré de toutes les civilisations du monde, mais aussi, il nous faudrait rechercher, à travers ce bilan et cette histoire, ce qui pourrait devenir facteurs d’universalisation de tout ou partie de leurs éléments respectifs, facteurs susceptibles de nous faire découvrir les vertus pacificatrices et les apports de chacune des civilisations humaines à la culture universelle de la paix. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007, p. 402.

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Pensée du 10 février 11

« Dans la dynamique même des sociétés contemporaines, les processus de transition de la société traditionnelle à la société moderne sont le plus souvent vécus comme crise de la société globale, dans la mesure où les éléments traditionnels conduisent à l’anomie et au dysfonctionnement des structures modernes. Le système social global de la société en transition comporte des éléments d’origine et d’âges différents qui entrent en conflit parce qu’incompatibles les uns avec les autres ; un conflit de valeurs ; donc un conflit de culture générateur potentiel de violence anomique. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007, p. 216.

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Pensée du 30 janvier 11

« Le point de départ d’une anthropologie appliquée de la guerre-paix devra donc être constitué par une définition des formes de conflits et de guerre, avec les formes correspondantes de résolution des conflits et de maintien de la paix qui ont jalonné l’histoire de l’humanité. Sociétés traditionnelles et sociétés modernes relevant ainsi des mêmes méthodes d’analyse, il serait possible de poser à nouveau les problèmes du passé (des antécédents historiques), et de dépasser les problèmes du présent (c’est-à-dire déterminer les principes qui permettent de prévoir et donc de prévenir des guerres futures. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007, p. 217.

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Pensée du 24 janvier 11

« La guerre et la paix ne sont pas de simples accidents de l’histoire, mais elles font partie de la substance même de l’histoire. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007, p. 60.

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GRILLE DE LECTURE

Toute guerre, qu’elle soit « juste », « sainte », « punitive » ou « préventive », est porteuse d’extrêmes violences, et les moindres gestes de violence peuvent occasionner des guerres aux ampleurs insoupçonnées. La paix quant à elle est recherchée par tous, elle est l’harmonie rêvée entre toutes nos aspirations humaines et les conditions de leur effectuation socio-politique. Vu les horreurs qui l’entourent, la guerre pourrait bien être l’exception, et la paix, la règle. Mais ni l’une ni l’autre n’est un accident de l’histoire. En fait, l’alternance des scènes de violence, des conflits armés et des efforts de paix est un phénomène observable dans toutes les sociétés humaines, dans toutes les cultures et à toutes les époques. L’histoire humaine ressemble évidemment à des phases cycliques de guerre et de paix dont la chronologie est effarante. Inutile de donner ici un cours d’histoire. La guerre et la paix s’attirent comme des aimants, au point que certains ont pu dire que « Qui veut la paix prépare la guerre ». En effet, pour Lanciné Sylla qui veut dégager une théorie générale d’une culture universelle de la paix et de la guerre, la recherche de la paix et de la sécurité a toujours amené les peuples à se faire la guerre et à se donner des espaces de sécurité de plus en plus vastes. La guerre serait-elle alors le principe dynamique qui fait évoluer l’histoire comme les erreurs font avancer la science ?

Hegel de la Phénoménologie de l’esprit a pu écrire que la violence est le moteur de l’histoire des consciences humaines engagées dans une lutte pour la vie et pour la mort. Pour cela, notre histoire commune est faite d’une dialectique permanente entre guerre et paix, cette dialectique se manifestant comme le moteur de l’histoire, comme ce qui donne sens et direction à l’histoire. La guerre apparaît chez Hegel comme une condition de la liberté de la conscience car « c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve sa liberté ». Quoi qu’il en soit de cette thèse, la dialectique de la violence et de la paix semble un phénomène historique universel qui n’a rien d’accidentel. Elle ne traduit pas nécessairement un dysfonctionnement culturel. Si la guerre est un phénomène spécifique à l’homme, comme l’indique Lanciné Sylla, ce phénomène se retrouve dans toutes les civilisations en tant que la manifestation violente de l’agressivité vitale et de l’hostilité des hommes à cohabiter avec la différence. C’est peut-être la raison pour laquelle toute communauté humaine politiquement organisée est séparée des autres par des frontières. La corrélation semble indéniable entre la volonté de guerre, le désir de paix et la défense d’une oasis de bonheur. Il n’en demeure pas moins que la dialectique de la paix et de la guerre est une réelle menace pour l’espèce humaine, vu l’accroissement sans limite du pouvoir de l’homme sur l’homme.

Emmanuel AVONYO, op