L ' A C A D E M O S

Pensée du 12 août 11

« Nous disions : les humains préfèrent encore que le malheur soit la rétribution d’une faute ou d’une erreur, plutôt que d’accepter qu’il soit dénué de toute signification. C’est pourquoi, sous cette loi de la rétribution totale, l’échange a toujours la forme d’une surenchère : pour que l’échange remplisse sa fonction, il doit réintégrer cette marge, et donc augmenter. Appliquée au mimétisme de la violence, cette surenchère fait que lorsqu’on a commencé à faire du mal, on préfère se donner les raisons d’en faire plus encore, plutôt que d’arrêter. La Rochefoucauld écrit que l' »on déteste ceux à qui on a fait du mal ». Le sentiment n’est que l’énergie cinétique soulevée par l’acte. Pour le dire autrement : le mal fait toujours un peu plus de « bruit » encore que de mal, mais ce bruit même nous entraîne à faire du mal en plus. C’est ce qui fait l’irréversibilité de l’échange. Si le caractère proprement irrémédiable du malheur est qu’il nous place devant l’irréversible, tout se passe comme si, à partir du moment où l’on ne maîtrise plus l’irréversible, on était tenté d’en rajouter. »

Olivier Abel, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

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