» La pensée méditante exige de nous que nous acceptions de nous arrêter sur des choses qui à première vue paraissent inconciliables. »
Martin Heidegger, Questions III et IV
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GRILLE DE LECTURE
L’ultime conviction qui a habité la tradition métaphysique s’est ainsi formulée : il faut qu’il y ait de l’être pour que le réel ne s’effrite pas dans un tourbillon insensé. Pour rendre compte de cet être, la métaphysique a fait choix de la pensée rationnelle. Laquelle pensée s’est caractérisée par la cohérence et le principe de non contradiction. Dans cette ferveur, le concept a été perçu comme l’organon pouvant conduire l’homme à une complète compréhension de ce qui en et pour soi se pose comme principe et fin de toute chose.
Or le concept dans son application nous fixe sur un seul aspect des choses. Il nous rend prisonnier d’une seule représentation et nous lance dans une seule direction du sens. Dans cette circonstance, il appert que la pensée conceptuelle ne peut rendre compte de l’équivocité, des contraires qui jaillissent du déploiement de l’être.
Avec Heidegger, la pensée doit cesser d’être calculante ou conceptuelle du fait que l’être ne se laisse guère emprisonner dans un énoncé. Car il est de l’essence de l’être de résister à toute étude exhaustive. De ce fait, il importe que la pensée conceptuelle se transmue en pensée méditante. Cette pensée méditante dont les traits caractéristiques sont le silence, l’écoute, nous donne de saisir par-dessus les contraires apparents, le véritable sens de l’être.
Au fond, la pensée méditante est la pensée poétique. La poésie ici « sera union des contradictoires, car ce qui ne peut être imaginé sera présenté sous forme d’images, qui souvent, comme l’eut montré Bergson, se suivront pour se déduire, donnant enfin l’idée de ce qui n’est plus image (…) »[1]. Par la pensée méditante, nous faisons l’expérience métaphysique. Laquelle expérience nous pousse à chercher « l’au-delà avant l’ici ; avant l’ici et plus loin qu’un là bas qui se poserait comme un autre ici »[2]. Dans cette expérience l’homme bénéficie de la richesse de son essence à savoir : l’éternel pauvreté du berger.
Elvis-Aubin Klaourou
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[1] Jean Wahl cité par Paul Ricœur, « entre Gabriel Marcel et Jean Wahl » in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 75.
[2] Jean Wahl, cité par Emmanuel Levinas, « entre Gabriel Marcel et Jean Wahl » in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 22.