Posts Tagged ‘Klaourou Elvis Aubin’

Pensée du 28 mars 10

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères ».

BLAISE PASCAL, Pensées

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GRILLE DE LECTURE

Depuis Descartes, l’homme est défini comme animal pensant. C’est-à-dire : « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent »[1]. Par cette faculté, il se distingue de l’animal du fait déjà qu’il se sait existant. Grâce à l’exercice de la raison, il est cet être vivant qui réclame des comptes et qui rend des comptes[2]. Perçu comme tel, il s’assigne la tâche d’être maître et possesseur de la nature[3]. Porté par ce vœu et cet idéal, l’homme accomplit un nombre pléthorique  d’activités dans le quotidien factuel de son existence. Par une réelle agitation qui désormais régit son existence, l’homme appréhende son travail comme ce qui le soulage et l’insère harmonieusement dans les relations humaines. Pourtant une réelle méditation de l’agir de celui-ci ne laisse-t-elle pas entrevoir la présence silencieuse d’une misère dans l’ensemble de l’entreprise humaine, misère qui comme une vermille, ronge l’homme de l’intérieur ?

Selon Pascal, cette agitation n’est rien moins que la résultante d’une incapacité à rester en repos. Car, quoique doté de raison, l’homme échappe à lui-même et ne peut rester auprès de soi. La conscience d’une telle misère de la condition qu’il expérimente, la conscience d’une vie passée dans la tristesse et le désespoir, poussent l’homme à se fuir par le divertissement. C’est pourquoi le divertissement chez Pascal consiste à faire éperdument l’effort de se détourner de soi, de son néant, de sa mort[4]. Au fond, le divertissement constitue une consolation pour l’homme dans la mesure où il est incapable d’assumer sa misère continuelle. Dans le divertissement en effet, l’homme reste sourd à l’appel de son intériorité parce que vivant à la périphérie de son être.

Ainsi, si le divertissement constitue une solution quotidienne pour l’homme confronté à ses malheurs, il n’est pas moins vrai qu’il reste sa plus grande misère. C’est  le divertissement qui divertit l’homme de l’essentiel. L’homme au total a une double nature. Celle qui cherche le repos à travers une multitude d’activités et celle qui se lasse de ce qu’il fait. L’homme cherche le repos mais ne peut s’en satisfaire. La question de fond qui se dégage donc de cette communication est : qu’est-ce que l’homme ? Telle est donc la question qui intéresse toute la philosophie. De la réponse toujours non définitive qu’elle recevra dépendra l’avenir  de l’homme et de son existence sur cette terre.

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 21 mars 10

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER, le problème de la conscience historique (p. 51)

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GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein. Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée.

A la lumière de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens. Au fond, il s’agit de prendre conscience que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].


[1]Hans Georg GADAMAER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.

Klaourou Elvis Aubin

Elvis-Aubin KLAOUROU

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 19 décembre 09

« En effet, toujours, l’âme se tourne vers une lumière qu’elle ne voit pas encore, vers une lumière à naître, dans l’espoir d’être tirée de sa nuit présente, nuit d’attente, nuit qui ne peut se prolonger sans la livrer à tout ce qui l’entraîne en quelque sorte organiquement vers la dissolution.»

GABRIEL MARCEL, Homo Viator

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GRILLE DE LECTURE

La longue route interrogative de Gabriel Marcel fut d’aller infatigablement à un terme, à la rencontre de cette éclosion de l’aurore. Sa pensée est un itinéraire et non pas un vagabondage, ou mieux une itinérance et non pas une errance. Elle nous convie à la conviction selon laquelle : Etre c’est être en route, et « l’âme est la voyageuse »[1]. Ici se dégage nettement la certitude de l’espérance d’un ailleurs, d’un autre royaume qui pour l’âme est la lumière d’un au-delà avant l’ici, et même plus loin qu’un là-bas qui se poserait comme un autre ici.

L’âme en est convaincue et depuis lors, elle ne cesse d’attendre et de getter l’avènement salvifique de cette lumière. Une lumière qui vient mettre fin à la passion que vit l’âme en étant dans le mont des oliviers de ce monde qui sonne creux parce que vide. Par cette conviction se dessine au moins la certitude que nulle part les morts ne sont plus rien, mais qu’« ils ont fondu dans une absence épaisse »[2].

Dans cette perspective, la mort devient une ouvrière de la vérité, car en elle cesse la dissimulation des masques des âmes[3]. Le réel que nous sommes et qui nous entoure montre bien qu’il est l’ici d’un ailleurs. Tel est en réalité le credo des métaphysiciens. Les métaphysiciens faut-il le rappeler sont ceux chez qui les soucis de la vie n’ont pas étouffé la semence de leurs questions d’enfants. Nous sommes bien dans la théologie eschatologique de Gabriel Marcel. Une eschatologie qui quoique se refusant à se représenter Dieu, perçoit le ciel comme un retour vers les siens.

Tel est le testament de sa vie qu’il donne mais avec quel accent ! Impossible de le traduire ; et c’est afin de ne pas intercepter l’écho de cette voix du cœur, de cette voix brisée, que je voudrais aussitôt me taire[4].

Elvis-Abin KLAOUROU

Pensée du 18 décembre

L’academos

Sommaire

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[1] Homo viator,  p. 10.

[2] Présence et Immortalité, p. 62.

[3] Gabriel Marcel cité par Xavier TILLIETTE, « Gabriel Marcel et l’autre Royaume », in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 38.

[4] P. 56.

Pensée du 11 décembre 09

« Les petitesses qu’on ne peut vaincre, autant les utiliser. »

ANDRE COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Défini comme être de raison, l’homme cherche à faire de son agir une ascension vers la perfection. Il s’assigne une conduite, des règles de vie qui en principe lui rappellent qu’il n’est pas qu’un vivant parmi tant d’autres. Il est bien au contraire une fin en soi, un être précieux qui a une dignité. Au nom de cette dignité, il s’évertue à expurger de son être tout ce qui le plongerait dans une quelconque bassesse au point de l’identifier avec les autres êtres.

Pourtant, s’il est vrai que l’homme cherche à se départir de tout ce qui ne lui rend pas hommage, il n’en demeure pas moins que certaines situations d’une  affreuse résistance lui certifient paradoxalement sa condition on ne peut plus misérable. Contrairement à tous ceux qui s’épuisent à lutter contre ces situations de faiblesses non honorables, l’auteur nous invite à les utiliser. Une telle appréciation ne serait-elle pas une invitation à la résignation ?

Que non pas ! Car l’auteur par cette assertion nous invite à un refus des soi-disant modèles supérieurs d’humanité qui consiste à dire : « je ne veux pas être ainsi, je veux être comme tout le monde ». Utiliser les petitesses revient à montrer qu’il est humain de participer à la bassesse humaine, au lieu de vouloir, par orgueil, être meilleur; l’humanité vraie consiste en cela ». C’est d’ailleurs en ce sens que la pensée médiévale stipule que « l’homme n’est ni ange, ni bête, mais à égale distance entre eux, il participe de l’un et de l’autre ».

Au fond, l’acceptation de nos petitesses ne pourrait-elle pas constituer la terre fertile où pourront germer harmonieusement les fines fleurs de l’humilité ? Distinguant l’humilité de l’humiliation, l’humilité comme vertu devient cette tristesse vraie de n’être que soi. Dans l’humilité nous comprenons que nous ne sommes pas rien même si nous ne sommes pas tout.

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 10 décembre

L’academos

Sommaire

Pensée du 10 décembre 09

 » La pensée méditante exige de nous que nous acceptions de nous arrêter sur des choses qui à première vue paraissent inconciliables.  »

Martin Heidegger, Questions III et IV

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GRILLE DE LECTURE

L’ultime conviction qui a habité la tradition métaphysique s’est ainsi formulée : il faut qu’il y ait de l’être pour que le réel ne s’effrite pas dans un tourbillon insensé. Pour rendre compte de cet être, la métaphysique a fait choix de la pensée rationnelle. Laquelle pensée s’est caractérisée par la cohérence et le principe de non contradiction. Dans cette ferveur, le concept a été perçu comme  l’organon pouvant conduire l’homme à une complète compréhension de ce qui en et pour soi se pose comme principe et fin de toute chose.

Or le concept dans son application nous fixe sur un seul aspect des choses. Il nous rend prisonnier d’une seule représentation et nous lance dans une seule direction du sens. Dans cette circonstance, il appert que la pensée conceptuelle ne peut rendre compte de l’équivocité, des contraires qui jaillissent du déploiement de l’être.

Avec  Heidegger, la pensée doit cesser d’être calculante ou conceptuelle du fait que l’être ne se laisse guère emprisonner dans un énoncé. Car il est de l’essence de l’être de résister à toute étude exhaustive. De ce fait, il importe que la pensée conceptuelle se transmue en pensée méditante. Cette pensée méditante dont les traits caractéristiques sont le silence, l’écoute, nous donne de saisir par-dessus les contraires apparents, le véritable sens de l’être.

Au fond, la pensée méditante est la pensée poétique. La poésie ici « sera union des contradictoires, car ce qui ne peut être imaginé sera présenté sous forme d’images, qui souvent, comme l’eut montré Bergson, se suivront pour se déduire, donnant enfin l’idée de ce qui n’est plus image (…) »[1]. Par la pensée méditante, nous faisons l’expérience métaphysique. Laquelle expérience nous pousse à chercher « l’au-delà avant l’ici ; avant l’ici et plus loin qu’un là bas qui se poserait comme un autre ici »[2]. Dans cette expérience l’homme bénéficie de la richesse de son essence à savoir : l’éternel pauvreté du berger.

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 09 décembre

L’academos

Sommaire

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[1] Jean Wahl cité par Paul Ricœur, « entre Gabriel Marcel et Jean Wahl » in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 75.

[2] Jean Wahl, cité par Emmanuel Levinas, « entre Gabriel Marcel et Jean Wahl » in Jean Wahl et Gabriel Marcel, p. 22.

Pensée du 08 décembre 09

« Philosopher de manière productive implique la compréhension des autres philosophies et par conséquent une herméneutique.»

Friedrich Schleiermacher, Naissance du paradigme Herméneutique

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GRILLE DE LECTURE

Il est arrivé à Platon de faire le distinguo entre le philosophe naturel et le philosophe devenu. Par cette étude, il a présenté la tempérance, la quête de la vérité, la douceur, la bonne mémoire comme les traits caractéristiques de l’âme du philosophe naturel. Cette étude platonicienne nous donne au moins de comprendre que tout philosopher n’est pas toujours productif. Car la philosophie productive est celle qui embarque l’âme vers ce qui forme la texture et la sève de son essentialité. C’est-à-dire vers l’être.

Plusieurs courants philosophiques se sont succédé depuis le matin inaugural de la pensée. Il y a donc une tradition philosophique qui ne cesse de rendre compte de ce qui donne sens et consistance aux choses. Il n’est donc pas hasardeux de lire cette tradition philosophique comme le lieu où des hommes aux mépris de leurs loisirs, se sont mis à l’écoute de l’être et ont silencieusement tissé la toge de l’être. Une si longue histoire de l’être pourrait être justifié dans le fait que ce qui réclame l’homme à dire sa vérité ne peut être épuisé.

En ce sens, l’on ne peut s’adonner à cette marche sans emprunter le chemin des anciens pour ensuite les dépasser dans l’expérience qu’ils ont pu faire de l’être. N’est-ce pas donc la conviction qui anime Schleiermacher lorsqu’il  nous dit que : « Philosopher de manière productive implique la compréhension des autres philosophies et par conséquent une herméneutique ». Le noyau vital de cette réflexion consiste à montrer que toute philosophie soucieuse de rester fidèle à sa vocation se doit de maintenir le dialogue avec les autres, de repenser avec eux, afin de découvrir avec eux ce qui a été comme le centre, le noyau vital de leur  réflexion. Cette tâche est celle de l’herméneutique. Une telle conviction sous-entend que toute philosophie est substantiellement une herméneutique. Toute philosophie est Comprendre, en effet, c’est saisir la chose dans son individualité, irréductible à aucun autre, atteindre l’ultime individualité de l’individuel, ce qui n’a eu lieu qu’une fois et ne se produira plus. Mais toute compréhension est en même temps une non compréhension,

Dans la mesure où elle exige de nous un dialogue avec les autres. L’on ne peut donc penser à partir de rien ou à partir de zéro. Il importe donc de penser œcuménique pour espérer communier au même sens.


Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 07 décembre

L’academos

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Pensée du 05 novembre

« Les philosophes n’ont pas d’importance si ce n’est pour cela qu’il nous permettent de penser. Je laisse l’histoire aux historiens, la philosophie me suffit. »

André COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

L’humanité semble avoir dédié son existence à la science. Grâce à l’extraordinaire épanouissement des sciences, l’être humain peut vivre en toute quiétude. Nul ne peut désormais douter de la prétention de la science à faire de l’homme, le ‘‘maître et possesseur de la nature’’[1]. Car avec la science, l’homme peut désormais au moyen de la technique faire reculer le baiser glacial de la mort, de la faim et de la maladie.

Aujourd’hui plus que jamais, s’actualise la fameuse prophétie de Stamley qui lors d’un colloque international en 1955 observa : « l’heure est proche où la vie se trouvera placée entre les mains des chimistes  qui feront, déferont ou modifieront à leur gré la substance vivante »[2]. La science aujourd’hui semble être le nouveau ‘‘bréviaire’’ des hommes de notre époque qui peu à peu, s’affaissent dans la boue sordide de la consommation. Il n’est donc pas faux de dire avec Heidegger que « l’homme est aujourd’hui menacé dans son être le plus intime. Un déracinement qui procède de l’esprit de l’époque en laquelle notre naissance nous a fixés »[3].

Dans cette situation, une question se pose à l’homme ordinaire qui dans la jouissance immédiate des prouesses scientifiques rencontre le regard du philosophe : quel peut bien être le rôle du philosophe aujourd’hui ? Telle que posée, cette question recoupe d’une manière globale la problématique de savoir l’actualité de la philosophie dans cette société où l’actualité est occupée par les avancées de la science et de la technologie[4]. La philosophie a-t-elle encore aujourd’hui une utilité ? Telle nous semble le sens à donner à la question initiale.

En réponse à cette question, il importe de comprendre que la philosophie ne sert à rien parce qu’elle n’est la servante d’aucun maître. C’est donc à juste titre qu’il est arrivé à Heidegger de dire que : « tout questionner essentiel de la philosophie demeure nécessairement inactuel (unzeitgemaäss), car la philosophie reste un savoir qui non seulement ne se laisse pas rendre actuel (Zeitgemäss) mais dont il faut bien plutôt dire »[5]. L’inutilité de la philosophie que nous venons de mettre en évidence vise à signifier que l’esprit de la philosophie est par conséquent différent de l’esprit de la démarche quotidienne et de l’esprit du commun savoir. Dès lors, l’esprit philosophique se présente comme refus de la spécialisation. Par ailleurs, la philosophie ne saurait être surannée dans la mesure où tout développement est avènement de nouvelles inquiétudes que le philosophe est amené à dissiper sous la houlette de la pensée.

Le philosophe n’est certainement pas un spécialiste, il est bien au contraire celui dont la tâche consiste à permettre aux hommes de penser. La pensée étant le dialogue de l’âme avec elle même, elle nous donne de savoir apprécier d’une part les prouesses de la science tout en nous aidant, d’autre part, à comprendre ces prouesses comme une agression contre la vie et contre l’être même de l’homme. Et qu’au regard de ce fait, l’explosion d’une bombe à hydrogène ne signifierait pas grande chose[6]. Voici la tâche qui sied à Sponville et dont il s’honore d’être l’heureux disciple laissant les autres sciences telle que l’histoire à d’autres personnes.

498752_96[1]Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 04 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 97.

[2] Martin Heidegger, Questions III et IV, Paris, ed. Gallimard, p. 143.

[3] Ibidem, p. 139.

[4] Boa Thiémèlé, Recherches philosophiques,

[5] Martin HEIDEGGER, Introduction à la philosophie, trad. , Paris, Gallimard, 1, p. 20.

[6] Questions III et IV, Paris, p. 143.

Pensée du 04 novembre

« Si le courage de la pensée vient d’un appel de l’Etre, ce qui nous est dispensé trouve son langage ».

Martin HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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GRILLE DE LECTURE

Avec Platon, la pensée se présente comme le dialogue de l’âme avec elle-même. Dans le prolongement de cette intuition, on pourrait ajouter que la pensée est le lieu où l’homme est le plus près de lui-même. Ainsi peut-il, parce que proche de lui-même, s’élever jusqu’à atteindre ce qui constitue la fine pointe de son principe. Un tel exercice est douloureux car il requiert de l’homme une énergie intellectuelle, une rigueur mieux une discipline. De ce point de vue, il n’est pas faux de dire que pour penser, il faut du courage.

Or s’il est vrai que l’exercice de la pensée relève du courage, il n’en demeure pas moins vrai que ce courage de la pensée vient d’un appel. L’appel de l’être. L’être faut-il le rappeler est vérité au sens de A-lètheia. Cette vérité est celle qui supporte la vie, la façonne et lui donne son contenu. Si donc le courage de la pensée vient de l’être, alors, il importe de savoir dans cette conjoncture que la dignité de l’homme consiste à être le représentant de l’indéfinissable[1]. Par la pensée en effet, l’homme devient la terre de noblesse qui se laisse revendiquer par l’être pour dire sa vérité. Une vérité qui nous affranchit et nous éclaire. Dans le partage harmonieux de cet héritage, notre humanité commune exige autre chose de nous. Elle exige que là où la vérité paraît multiple, il nous faut l’éclairer.

Au regard de ce qui précède, il appert que quiconque fait de la philosophie veut non seulement vivre pour la vérité mais veut aussi et surtout imposer profondément ces données à sa propre  pensée[2]. En ce sens il est arrivé à Heidegger de penser qu’il y a quelque chose d’essentielle vers laquelle l’homme doit tendre l’oreille afin d’être fécondé par le langage de l’Etre. Le concept de langage pour Heidegger est la demeure de l’être. Le lieu de la détermination de ce qui vient insuffler de l’Etre aux petits êtres désontologisés.

Pourtant s’il est vrai que le langage est la demeure de l’être et que l’homme est son berger, ne faudrait-il pas que le langage soit aussi la maison de l’être humain, le lieu où celui-ci habite, s’installe, se rencontre dans l’Autre et que l’un des espaces les plus habitables dans cette maison est l’espace de la poésie et de l’art[3]?

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Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 03 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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[1] Karl JASPERS, Introduction à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, Paris, ed. Payot & Rivages, 1966, p. 50.

[2] Ibidem,

[3] Hans Georg Gadamer, L’héritage de ‘Europe. Trad. Philippe Ivernel, Paris, ed. Payot&Rivages, 2003, p.17.

Pensée du 03 novembre 09

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères ».

BLAISE PASCAL, Pensées

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GRILLE DE LECTURE

Depuis Descartes, l’homme est défini comme animal pensant. C’est-à-dire : « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent »[1]. Par cette faculté, il se distingue de l’animal du fait déjà qu’il se sait existant. Grâce à l’exercice de la raison, il est cet être vivant qui réclame des comptes et qui rend des comptes[2]. Perçu comme tel, il s’assigne la tâche d’être maître et possesseur de la nature[3]. Porté par ce vœu et cet idéal, l’homme pose un nombre pléthorique  d’activités dans le quotidien factuel de son existence. Par une réelle agitation qui désormais régit son existence, l’homme appréhende son travail comme un hommage à sa dignité. Pourtant une réelle méditation de l’agir de celui-ci ne laisse-t-elle pas entrevoir la présence silencieuse d’une misère qui, comme une vermille, le ronge de l’intérieur ?

Selon Pascal, cette agitation n’est rien moins que la résultante d’une incapacité à rester en repos. Car quoique doté de raison l’homme échappe à lui-même et ne peut rester auprès de lui-même. La conscience d’une telle misère de sa condition qu’il expérimente dans la tristesse et le désespoir le pousse à se fuir par le divertissement. Dans cette conjoncture, le divertissement chez Pascal consiste à se détourner de soi, de son néant, de sa mort[4]. Au fond, le divertissement constitue une consolation pour l’homme dans la mesure où il est incapable d’assumer cette misère. Dans le divertissement en effet, l’homme reste sourd à l’appel de son intériorité parce que vivant à la périphérie de son être.

Toutefois, si le divertissement constitue une solution pour l’homme, il n’en demeure pas moins vrai qu’il reste la plus grande misère. L’homme au total a une double nature. Celle qui, à la fois, cherche le repos mais qui ne peut s’en satisfaire. La question de fond qui se dégage donc de cette communication est : qu’est-ce que l’homme ? Telle est donc la question qui est la question de la pensée et qui intéresse le monde entier. De la réponse qu’elle recevra dépendra l’avenir de la terre et celui de l’existence, de l’homme sur cette terre.

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 02 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 185.

[2] Heidegger, Principe de raison, Paris, Gallimard,

[3] René DESCARTES, p. 97.

[4] André CONTE-SPONVILLE, Dictionnaire philosophique, Paris, PUF, 2001, p. 178-179.

Pensée du 02 novembre 09

 

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER,le problème de la conscience historique (p. 51)

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GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein.

Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée. A la lumière donc de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel, l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens.

Au fond, il s’agit de saisir que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 1er novembre 09

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1]Hans Georg GADAMER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.