L ' A C A D E M O S

Pensée du 31 janvier 11

« … Le symbolisme, pris à son niveau de manifestation dans des textes, marque l’éclatement du langage vers l’autre que lui-même. Ce que j’appelle son ouverture ; cet éclatement, c’est dire ; et dire, c’est montrer. »

Paul Ricœur, Le conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969.

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GRILLE DE LECTURE

L’herméneutique est plurielle. Ce n’est pas un effet de mode. L’herméneutique n’est pas plurielle parce que nous vivons à une époque où tout est perçu de façon plurielle. Le pluralisme en herméneutique est un pluralisme de fait. L’interprétation des textes et des énigmes n’est pas l’apanage d’un seul sujet interprétant. En herméneutique, il n’y a pas de clôture de l’univers des signes, affirmait Paul Ricœur. Le langage qui décode les signes est en lui-même éclaté et polysémique. Cependant, reconnaître qu’il existe des herméneutiques rivales, ce n’est pas affirmer que toutes les interprétations se valent. Ce serait un jugement simpliste qui méconnaîtrait l’existence des règles et des canons en matière d’interprétation. C’est un sujet qui risque de nous conduire loin de la pensée du jour. En lien avec ce qui précède, notons que l’univers du symbolisme est bien l’univers préféré de l’herméneutique. Dans cet univers, le langage règne en maître, mais il est toujours menacé d’exil forcé. Tout y est langage, tout y est expression et signification, tout y est dire et monstration. S’il est établi que le texte est un niveau majeur de manifestation du symbole, il est aussi clair que tout livre que nous ouvrons est rempli de symboles qui nous parlent.

Les symboles nous parlent de diverses manières, dans un langage éclaté et polyphonique. Ce régime du double sens, ce registre d’ouverture du langage est enrichissant aussi bien pour l’interprétation que pour la compréhension. Les herméneutiques rivales se déchirent souvent sur la structure du double-sens, sur le mode d’ouverture du langage et sur la finalité du montrer. Le langage semble échapper à un traitement scientifique, il s’échappe à lui-même pour s’ouvrir sur son autre. Pour Paul Ricœur, cette faiblesse apparente du langage est en même temps sa force : « cette faiblesse est sa force parce que le lieu où le langage s’échappe à lui-même et nous échappe, c’est aussi le lieu où le langage vient à lui-même, c’est le lieu où le langage est dire. » Le langage symbolique est en constante ouverture, en éclatement continuel vers un autre que lui-même parce que le double-sens qu’il essaye de traduire « débouche sur une certaine condition itinérante qui est vécue existentiellement comme mouvement d’une captivité à une délivrance ; sous l’interpellation d’une parole qui donne ce qu’elle ordonne, le double-sens vise ici à  déchiffrer un mouvement existentiel, une certaine condition ontologique de l’homme… » Il apparaît que l’interprétation est toujours à la charnière du linguistique et du non-linguistique, c’est-à-dire, du langage et de l’expérience vécue.

Emmanuel AVONYO, op

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