L ' A C A D E M O S

Pensée du 24 septembre 10

« La fonction architectonique de la canonique tient au fait que la logique épicurienne constitue le fondement scientifique des différentes théories du postulat ontologique épicurien que sont la physique et la morale. »

Dominique ASSALE, « L’épicurisme», Cours d’histoire de la philosophie, UCAO-UUA-2008.

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GRILLE DE LECTURE

Du point de vue de sa méthode phénoménologique de relecture de l’histoire de la philosophie épicurienne, Dominique ASSALE paraît bien s’inspirer d’Emmanuel Kant. Pour ce dernier que le philosophe cite explicitement, « nos connaissances en général ne sauraient former une rapsodie, mais elles doivent former un système dans lequel seul, elles peuvent soutenir et favoriser les fins essentielles de la raison. » En clair, la recherche de l’harmonie et de la logique dans la pensée est une ordonnance de la raison elle-même. L’ordre préside à la philosophie épicurienne comme une ordonnance de la raison philosophique. Le « gouvernement de la raison » en l’homme est une expérience métaphysique. Or, l’expérience métaphysique que recèle la philosophie épicurienne a pour signe distinctif le caractère totalitaire de leur système de pensée. Si le mot « système » est entendu comme « l’unité des diverses connaissances sous une idée », la fonction architectonique quant à lui est l’acte de constituer ou de fonder scientifiquement les théories d’un corpus philosophique. L’acte architectonique met en valeur l’exposition unitaire, systématique et scientifique d’une doctrine ; il repose sur un acte créditif, un acte de foi philosophique qu’on appelle encore le postulat ontologique. Le postulat ontologique épicurien est la vérité fondamentale qui fonde l’expérience philosophique épicurienne. Cette vérité inébranlable est que « le bien suprême de l’homme, c’est le plaisir. » L’ataraxie se trouve dans le plaisir sensible.

La réduction philosophique est l’acte qui introduit dans le champ philosophique d’un système de pensée. Dans l’espace philosophico-idéologique épicurien, la réduction hédoniste conduit à découvrir la physique et la morale comme les actes théorétiques du postulat ontologique, c’est-à-dire les principales théories du système philosophique épicurien. La physique épicurienne qui culmine dans une théologie du Dieu cosmique consiste à libérer le sage de trois terreurs : la crainte du destin dans la constitution de l’univers, la crainte de la mort consécutive à la constitution de l’âme humaine, et la peur de la superstition. Quant à la morale hédoniste de l’épicurisme, elle est « l’art qui nous enseigne le moyen d’atteindre la béatitude en pratiquant la vertu. » Ces théories qui explicitent le postulat ontologique épicurien s’organisent scientifiquement dans la Canonique, c’est-à-dire la logique. La logique épicurienne dans sa présentation systématique est dite Canonique. Celle-ci aurait été exposée au départ dans un ouvrage aujourd’hui perdu qu’on appelle le Canon. La Canonique repose sur la notion d’évidence, car pour les épicuriens, « le fondement et la base de toutes choses est l’évidence » (Sextus Empiricus). Pour Dominique ASSALE, la Canonique est la fonction architectonique (organisatrice) qui unifie les différentes théories du postulat ontologique épicurien que sont la physique et la morale épicurienne. La philosophie épicurienne est une expérience métaphysique ; dans son organisation, elle satisfait les fins de la raison, dans sa visée (hédoniste) elle rabaisse malheureusement l’homme à sa dimension matérielle au détriment de l’esprit qui préside à son ordonnancement.

Emmanuel AVONYO, op

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