« L’acte méthodologique par lequel l’on entre dans le champ d’expérience stoïcien, c’est la représentation de la philosophie comme un système totalitaire. »
Dominique ASSALE, « Pour une phénoménologie de l’histoire du stoïcisme », Cours d’histoire de la philosophie, UCAO-UUA-2009.
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GRILLE DE LECTURE
Tout système philosophique est une unité métaphysique historiquement définie car toute approche philosophique de l’histoire de la philosophie suppose une expérience métaphysique. Selon Dominique ASSALE, toute pensée philosophique comprend différents actes intentionnels qui sont à appréhender comme des actes génétiques (créateurs) qui délimitent l’univers de l’expérience métaphysique d’une philosophie. Parmi ces actes génétiques, on distingue un acte initiatique, un postulat ontologique, un acte théorétique, un acte architectonique et un acte rhétorique. Si l’acte initiatique est l’acte méthodologique par lequel on entre dans le champ de l’expérience philosophique d’un auteur, le postulat ontologique désigne la vérité (thèse) fondamentale de sa philosophie. L’acte théorétique regroupe les théories connexes au postulat philosophique de cette pensée tandis que l’acte architectonique caractérise l’exposé systématique et scientifique de la doctrine philosophique. L’acte rhétorique quant à lui est le discours conceptuel ou l’acte langagier qui énonce et actualise la doctrine philosophique.
Ainsi, tout système philosophique comprend une voie d’accès par laquelle on entre de plain-pied dans son espace conceptuel. C’est cette voie d’accès qui intéresse notre propos ici. D’après Dominique ASSALE, cet acte initiatique consiste en une opération phénoménologique de réduction. La réduction est une option d’engagement dans un champ d’expérience ; il y a option, parce que le philosophe de l’histoire de la philosophie ne peut pas tout embrasser à cause du regard perspectiviste, ou de la finitude de la conscience qui veut connaître. Réduire consiste à saisir une totalité à partir de son point perceptible. L’application de cette anatomie de l’expérience métaphysique à l’étude du stoïcisme post-aristotélicien revient à rechercher avant tout le point perceptible ou la porte d’entrée dans le champ d’expérience philosophique stoïcien. Cela aboutit à la représentation de la philosophie comme un système totalitaire. Voilà qui paraît très paradoxal. L’acte initiatique qui réduit l’angle d’approche d’une pensée se propose ici de la cerner comme une totalité. Y a-t-il encore réduction, lorsque la porte d’entrée revendique la totalité du regard ? C’est ce que Dominique ASSALE va tirer au clair.
Pour exercer l’épochè sur la philosophie stoïcienne, il faut effectuer une réduction méréologique, celle qui conçoit cette doctrine comme un système totalitaire. En d’autres termes, l’entrée dans la philosophie stoïcienne par la méthode de la réduction conduit à la considération de cette philosophie comme la pensée d’une totalité. Pour sûr, la totalité ne peut pas être objet de pensée sans donner lieu à une élaboration systématique. Cette philosophie se détermine donc comme un tout dont dépendent des parties connexes. La philosophie stoïcienne est un système, une science totale composée de la logique, de la physique et de la morale. Cette subdivision nominale n’est faite que pour les besoins de l’enseignement, car au vrai, chaque partie est solidaire des autres et le détachement d’une partie sonnerait la ruine de tout le système stoïcien. Toute pensée qui n’est pas couverte par ces trois éléments est qualifiée de non-philosophie, et mise en hors du champ lors de la réduction méréologique. On peut penser que la totalité stoïcienne est une totalité sans la non-philosophie…
Emmanuel AVONYO, op