L ' A C A D E M O S

Pensée du 27 septembre 18

« (…) Cette libre recomposition cependant n’est jamais achevée, elle menace sans cesse de s’enrayer car l’effort préalable de déconstruction rencontre la résistance ou l’opposition d’une tendance à la re-naturalisation, celle-ci étant portée par une partie au moins de l’opinion sociale et trouvant des appuis dans le sujet lui-même alors que, sommé de choisir son identité, il éprouve la poussée ou l’attraction, souvent fort persuasives, de forces qu’il n’a pas choisies. Que l’on interprète cette résistance comme le poids des préjugés ou comme l’autodéfense spontanée de la nature humaine, la société de la déconstruction-recomposition selon les droits humains présente cette difficulté qu’un mouvement spontané de l’âme y est tendanciellement et pour ainsi dire logiquement impossible puisque le sujet rencontre toujours l’obligation de signaler que son mouvement, quel qu’il soit, n’est pas simplement naturel ou spontané  : il n’advient qu’autorisé ou réprouvé, en tout cas médiatisé par les droits humains. Quel mouvement de l’homme vers la femme, ou de la femme vers l’homme, échappera à la mutilation – à la dénaturation – incluse dans l’« autorisation préalable » de chacune de ses étapes  ? »

Pierre Manent, La loi naturelle et les droits de l’homme, Paris, Presses Universitaires de France, 2018.

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