Pensée du 10 octobre

« Penser, c’est se limiter à une unique idée, qui un jour demeurera comme une étoile dans le ciel du monde. »

HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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GRILLE DE LECTURE

Heidegger nous invite à faire l’expérience de la pensée. Vivre c’est penser et penser c’est choisir, ce qui implique le fait que le choix est une nécessité pour la vie ; le philosophe est appelé à se faire habiter par une seule question qui traverse sa vie. Qui veut tout embrasser court le risque de tout perdre. A force de vouloir tout penser, nous courons le risque de ne rester que dans des instants de vague, sur la superficie de la chose pensée. Tout embrasser est promesse d’une pensée creuse, sans fond.  Notre vie est optionnelle, notre vie est un choix et le philosophe est appelé à vivre sa pensée et à penser sa vie.  La tradition philosophique nous enseigne qu’il n’y avait pas eu deux Aristote, ni deux Kant, ni deux Hegel. Ces penseurs restent encore immortels parce qu’ils ont été habités par une question, par la qualité de leurs œuvres. Le philosophe se détermine par la qualité de sa pensée. En fait l’incantation du philosophe de la forêt noire est une invite à la tempérance intellectuelle, à la Gelassenheit. Le penseur est comme la taupe qui creuse son chemin dans l’obscurité afin de parvenir à la lumière.

Mervy Monsoleil AMADI, op


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3 responses to this post.

  1. Posted by LEO AMAN on octobre 10, 2009 at 2:05 pm

    Merci de nous inviter à la tempérance intellectuelle, une tempérance plutôt qualitative au positif qu’une tempérance quantitative. Je vous invite à méditer cette pensée parue dans Jeune Afrique L’Intelligent de la semaine écoulée : « Il faut se méfier des penseurs dont l’esprit fonctionne à partir d’une seule citation ». Cette idée de CIORAN rappelle que s’il faut s’en tenir à une seule idée qui restera stellaire, il faut éviter la tempérance qui consiste à n’avoir qu’un seul point de vue, à avoir le regard étriqué. Merci

  2. Posted by Mervy-Monsoleil on octobre 10, 2009 at 11:21 pm

    Bonjour, nous vous remercions pour votre participation et pour les chemins de penser que vous nous avez ouverts à travers la réflexion que vous avez menée. Mais votre intervention nous invite à nous questionner. Car philosopher c’est se questionner. Le questionnement dit l’attitude de celui qui sait qu’il ne sait rien et qui chaque jour se met à l’écoute de l’être. A vous lire, nous sommes tentés de nous demander si une Citation est-elle synonyme d’une idée? Il nous semble que la citation est de l’ordre de la reproduction, de la mimesis alors que l’idée est de l’ordre de la création. Dans la citation, nous ne reproduisons que ce qu’un auteur a dit alors que l’idée dit ce qui est conçu de l’esprit, manière de concevoir ou de représenter la réalité. L’idée a une parenté intime avec la pensée, or nous savons que penser c’est réduire ; la réduction entendue comme un regard spécifique de l’homme en tant que sujet métaphysique sur le monde ; c’est cela qu’est l’idée. Se limiter à une unique idée c’est prendre position par rapport au défi du monde, c’est avoir son point de vue sur le monde. L’homme tempérant est celui qui ne se laisse pas assimiler, qui ne se perd pas dans l’infini des choses, qui finit par s’effriter, par s’éparpiller. Pour ne pas se laisser plier à tous les mouvements du vent comme un roseau, pour ne pas ressembler à un voyageur sur une terre étrangère, nous devons tracer notre chemin. Le chemin entendu comme chemin de penser qui conduit nos pas vers l’étendue d’un pays de l’esprit.

  3. Posted by L'ACADEMOS on octobre 11, 2009 at 5:30 am

    Merci pour le long éclairage de l’auteur de la grille de lecture. Votre point de vue s’est fait plus ample et plus compréhensible. En relisant l’objection de AMAN, nous avons voulu comprendre sa position. Nous avons cherché en vain la citation dans Jeune Afrique l’Intelligent de cette semaine n°2543 (4-10 octobre). La pensée de cioran se trouverait plutôt dans le numéro précédent, celui de la semaine du 27 sept au 03 oct.

    Cette précision faite, rassurez-vous que nous n’intervenons pas pour défendre sa pensée, mais pour que, par ces interrogations autour de sa participation, il puisse bien se rendre compte de l’importance de sa contribution. Pour ce faire, nous estimons que la position de AMAN n’est pas la négation de la grille de lecture ouverte. Nous nous entendrons bien sur le fait que l’antithèse n’est pas le contrepied parfait de la thèse. Ainsi, si Aman a semblé mettre au même plan Idée et Citation, il court vraiment le risque de subir des critiques, dont celle de Mervy lui-même. Mais si son intention était d’attirer notre attention sur une tempérance, une continence négative dans le domaine de la pensée, pourquoi ne pas lui prêter une oreille attentive. De peur de nous éloigner de vos positions respectives, nous mettons un point d’arrêt à cette tentative de conciliation tout en vous encourageant à continuer d’utiliser L’ACADEMOS comme un forum de vrai dialogues où vous mettez votre jugement à l’épreuve de l’opinion d’autrui. Restez connectés.

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