« Comment raconter sans choisir ? Comment choisir sans trahir ? »
ANDRE COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique
__________________________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
Les questions que pose André COMPTE-SPONVILLE sont aussi profondes qu’elles nous laissent sur d’autres interrogations. Nous laisser sur d’autres interrogations, cela est une attitude philosophique, puisqu’en philosophie les questions sont toujours questionnantes. Au fond de ces questions qui invitent à penser se trame l’idée selon laquelle on ne peut pas raconter sans choisir de même qu’on ne peut pas choisir sans trahir.
Raconter c’est trier, c’est une disposition de l’esprit à choisir ce qu’il faut dire. C’est s’éduquer quand on sélectionne ce qu’on dit. Une éducation à la concision dans l’art oratoire, une éducation à ne pas dire tout ce qui nous vient à l’esprit. L’acte de penser va ensemble avec ce que l’on exprime. La dispersion dans le dire est signe du désordre intérieur, d’un bouleversement dans la pensée. Pas plus tard qu’hier Heidegger disait : « penser c’est se limiter à une unique idée », nous avons souligné que c’est une invite au choix ; et comme l’acte de penser s’incarne dans le dire, par implication, dire c’est choisir, parce que, qui choisit se limite. Le choix dans le dire est trahison de la pensée. Puisque le dire est déjà une interprétation, une interprétation de la pensée, de ce que l’on conçoit.