Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 11 octobre 17

« En faisant du bonheur le but de la philosophie, je m’appuie sur une tradition fort ancienne et multiforme, et d’abord sur la tradition grecque. J’en extrairais volontiers la belle définition de la philosophie que donnait Épicure, et qui va à l’encontre de l’opinion reçue selon laquelle on ne pourrait définir ce qu’est la philosophie. « La philosophie,  disait Épicure, est une activité qui, par des discours et des raisonnements  nous procure la vie heureuse. » J’aime tout, dans cette définition. Que la philosophie y soit une activité, et pas seulement une théorie. Qu’elle procède par discours et raisonnements, et pas seulement par intuitions et visions. Qu’elle tende au bonheur ! Je donnerai pour ma part la même définition quant au fond, formulée dans un langage peut-être plus moderne : la philosophie est une activité discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. Je pense répondre ainsi aux deux questions : « Qu’est-ce que la philosophie et à quoi sert-elle ? » Car ces deux questions n’en font qu’une. Inutile de préciser que cette définition est mienne. Elle ne prétend pas valoir pour toutes les philosophies. Mais cela même est philosophique. »

ANDRE COMTE-SPONVILLE, “A quoi sert la philosophie ?”

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Pensée du 10 octobre 17

« L’intelligence universelle est la faculté intime la plus réelle et la plus propre, la partie la plus efficace de l’âme du monde. C’est la même intelligence qui remplit tout, illumine l’univers et dirige convenablement la nature et la production de ses espèces; elle est à la production des choses naturelles ce que notre esprit est à la production ordonnée des espèces rationnelle. Les Pythagoriciens l’appellent le Moteur et l’agitateur de l’univers… Les Platoniciens la nomment forgeron du monde. Ce forgeron, disent-ils, procède du monde supérieur, qui est tout unité, du monde sensible, qui est multiple et où règne, non seulement l’amitié, mais aussi la discorde, grâce à la séparation des parties. Cette intelligence, insérant et apportant du sien dans la matière, demeurant elle-même quiète et immobile, produit tout. Les Mages la disent très féconde en semences, ou plutôt, le semeur, parce que c’est lui qui imprègne la matière de toutes les formes et qui, suivant leur destination ou leur condition, les figure, les forme, les combine dans des plans si admirables qu’on ne les peut attribuer si au hasard, ni à aucun principe qui ne sait pas distinguer et ordonner.

Bruno Giordano, Cause, principe et unité, Edtions d’aujourd’hui, p.89-90.

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Pensée du 09 octobre 17

« La plupart des doctrines morales ont conservé quelque trace des temps de servitude, pendant lesquels on s’appuyait principalement sur la crainte pour rendre les hommes inoffensifs. Le souverain bien étant alors, comme dit Pascal, la paix, tout ce qui est utile à la paix est bon, et notamment la crainte est bonne ; et, puisque la crainte est une tristesse, la tristesse peut être bonne, et le moraliste se garde bien de détourner l’homme de la tristesse. Pascal n’estime que ceux qui gémissent. Au temps présent, encore que Pascal soit très lu et très admiré, le plus grand nombre des esprits cultivés ont pourtant retrouvé quelque lueur de saine raison, jusqu’à aimer, tout au moins, la joie chez les autres ; beaucoup ne sont pas encore arrivés jusqu’à aimer la joie en eux-mêmes ; ils sont inquiets tant qu’ils n’ont pas d’inquiétude, et ne se rassurent que s’ils traversent quelque crise de tristesse et de découragement de laquelle ils croient sortir comme purifiés. Cela prouve qu’ils n’ont pas confiance en Dieu, autrement dit qu’ils n’ont pas appris à connaître comment tout dépend nécessairement de la nature infinie de Dieu, c’est-à-dire d’une raison éternelle qui ne peut absolument ni se tromper ni nous tromper. »

Alain, « Valeur morale de la joie d’après Spinoza », 1899.

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Pensée du 08 octobre 17

 La joie est « une passion par laquelle l’âme passe à une plus grande perfection » ; ce qui ne veut pas dire que la joie nous conduise à la perfection, mais simplement qu’elle n’en est pas distincte, et que la même chose, que j’appelle passage à une plus grande perfection, si je fais attention à la puissance d’agir de l’être considéré, je l’appelle joie si je fais attention à la capacité qu’il a d’être heureux ou malheureux. »

Alain, « Valeur morale de la joie d’après Spinoza », 1899.

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Pensée du 07 octobre 17

« Il est désormais évident, du point de vue vraiment scientifique, que toute observation isolée, entièrement empirique, est essentiellement oiseuse, et même radicalement incertaine ; la science ne saurait employer que celles qui se rattachent, au moins hypothétiquement, à une loi quelconque ; c’est une telle liaison qui constitue la principale différence caractéristique entre les observations des savants et celles du vulgaire qui cependant embrassent essentiellement les mêmes faits, avec la seule distinction des points de vue ; les observations autrement conduites ne peuvent servir tout au plus qu’à titre de matériaux provisoires, exigeant même le plus souvent une indispensable révision ultérieure. »

AUGUSTE COMTE

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Pensée du 06 octobre 17

« Car, l’individu, exemplaire de notre espèce biologique, n’est pas, comme tel, un homme, mais un animal. Ce qui fait homme l’individu, ce n’est pas l’individu lui-même, réduit ? lui-même, mais le langage, la pensée, le savoir et le savoir-faire, toutes choses qui viennent non de lui-même, mais de la société de ses contemporains et de ses prédécesseurs. Dire qu’il n’existe que l’humanité, comprise comme la société passée, présente et future, et que l’idée d’individu n’est qu’une abstraction de notre intelligence, c’est proclamer une vérité si évidente, qu’on peut s’étonner qu’elle puisse passer pour un paradoxe. »

AUGUSTE COMTE

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Pensée du 05 octobre 17

 » On peut alors demander : pourquoi la religion ne met-elle pas un terme à ce combat sans espoir pour elle en déclarant franchement :  » C’est exact que je ne peux pas vous donner ce qu’on appelle d’une façon générale la vérité, pour cela il faut vous en tenir à la science. Mais ce que j’ai a vous donner est incomparablement plus beau, plus consolant et plus exaltant que tout ce que vous pouvez recevoir de la science. Et c’est pour cela que je vous dis que c’est vrai, dans un sens plus élevé ». La réponse est facile à trouver. La religion ne peut faire cet aveu, car elle perdrait ainsi toute influence sur la masse. L’homme commun ne connaît qu’une vérité, au sens commun du mot. Ce que serait la vérité plus élevée ou suprême, il ne peut se le représenter. La vérité lui semble aussi peu susceptible de gradation que la mort, et il ne peut suivre le saut du beau au vrai. Peut-être pensez vous avec moi qu’il fait bien ainsi. « 

SIGMUND FREUD

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Pensée du 04 octobre 17

« Si l’éthique était source de profit, ce serait formidable : on n’aurait plus besoin de travailler, plus besoin d’entreprises, plus besoin du capitalisme – les bons sentiments suffiraient. Si l’économie était morale, ce serait formidable : on n’aurait plus besoin ni d’Etat ni de vertu – le marché suffirait. Mais cela n’est pas… C’est parce que l’économie (notamment capitaliste) n’est pas plus morale que la morale n’est lucrative – distinction des ordres – que nous avons besoin des deux. Et c’est parce qu’elles ne suffisent ni l’une ni l’autre que nous avons besoin, tous, de politique. »

André Comte-Sponville, Le Capitalisme est-il moral ?

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Pensée du 03 octobre 17

« Nous pouvons nous rendre compte de l’être en quittant le « monde des apparences du seulement pensable » et en nous avançant par la pensée jusqu’à la limite de la réalité qui ne peut plus être saisie comme quelque chose de seulement pensable ou de seulement possible. Cette avancée par la pensée aux limites du pensable est ce que Jaspers désigne par l’activité… de transcender… Ce qui est décisif… c’est que l’homme, comme « maître de ses pensées », est davantage que ces mouvements pensants… La pensée a chez Jaspers pour fonction de conduire l’homme vers certaines expériences, des expériences dans lesquelles la pensée elle-même (mais nullement l’homme pensant) échoue. Dans l’échec de la pensée (et non de l’homme) l’homme qui, étant réel et libre, est plus que la pensée, connaît ce que Jaspers appelle le « chiffre de la transcendance »… La tâche de la philosophie est de libérer l’homme « du monde des apparences du pensable » et de lui permettre de retrouver le chemin vers le chez-soi de la réalité. Jamais la pensée philosophique ne peut annuler le fait que la réalité ne peut se dissoudre dans le pensable; elle doit plutôt exhausser… cet impensable ». Ceci est d’autant plus indispensable que la réalité de celui qui pense… précède sa pensée ». 

Hannah Arendt, Qu’est-ce que la philosophie de l’existence?, Rivage poche, pp 67-69.

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Pensée du 02 octobre 17

« Husserl a cherché à reconstituer la relation séculaire entre être et pensée qui avait garanti à l’homme sa demeure dans le monde par le biais de la structure intentionnelle de la conscience. Puisque chaque acte de conscience possède en son essence un objet, je peux être certain d’au moins une chose; que j’ai les objets de ma conscience. En écartant totalement la question de la réalité, la question de l’être peut tout simplement être mise de côté; en tant qu’être conscient, j’ai tous les étants, et en tant que conscience je suis, dans mon mode humain, l’être du monde. L’arbre vu, l’arbre comme objet de ma conscience, n’a pas à être l’arbre réel, il est assurément l’objet réel de ma conscience ».

 Hannah Arendt, Qu’est-ce que la philosophie de l’existence?, Rivage poche, p. 27-28.

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