Ontologie – science – langage

ONTOLOGIE-SCIENCE-LANGAGE

Semaine du 05 octobre 09

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Ontologie et science

Notre étude de l’ontologie d’un point de vue général nous a amené à analyser le rapport de l’ontologie à la science. Nous savons que l’ontologie se situe à notre époque au coeur des préoccupations de la science que ce soit en sciences sociales ou en science de l’information. Dans l’approche ricoeurienne du problème, l’analyse ontologique du réel d’un point de vue scientifique montre que la science rencontre la question de l’être de façon physique et non métaphysique. A la fin des années 50, Merleau-Ponty cherche à dévoiler le sens ontologique caché de la science contemporaine. Il trouve dans la philosophie de la nature de Whitehead l’ontologie implicite de la physique quantique et de la relativité. Ainsi pour le discours scientifique, demander ce qui est, c’est demander ce qui est réel ; et demander ce qui est réel, c’est demander de quoi on parle dans la science. Ainsi, la question ontologique, pour la science, c’est d’abord la question du référent du discours scientifique avant d’être celle des degrés de réalité. La science n’est pas la seule activité humaine qui développe une problématique ontologique. Le discours scientifique, c’est le langage mis en action. Le langage a naturellement des implications ontologiques.

Ontologie et langage

Tout discours combine des signes linguistiques et prétend atteindre la réalité. Pour Ricœur, une théorie du signe linguistique n’est complète que si l’on rapporte le signe au sens, et le sens à la référence. C’est ce mouvement de postulation d’un réel qui constitue l’implication ontologique du discours soulignée par plusieurs philosophes contemporains. En effet, au début du XXe siècle, Frege et Husserl ont posé à la philosophie du langage le problème du rapport du sens à la référence, ou de la signification au remplissement, problème qui contient en germe une problématique ontologique. C’est dans ce sillage que Ricœur voit en la philosophie de Russell « un extraordinaire chantier pour une ontologie entièrement dominée par la logique, la théorie de la connaissance et la philosophie du langage ». Cette ontologie non discriminante pose l’être comme une propriété générale de toutes choses. Et ainsi, faire mention de quelque chose c’est montrer déjà que cela est. Cette postulation ontologique du langage marque, selon Ricœur, le sommet de la problématique ontologique en tant qu’elle ne doit rien à la « métaphysique pré-kantienne ».

Dans ses développements sur le caractère ontologique du langage, Ricœur relève qu’un engagement ontologique accompagne la fonction d’identification qui caractérise le discours (la relation prédicative). Le discours a deux fonctions asymétriques : identifier et prédiquer. D’un côté, nous procédons à des identifications singulières, de l’autre nous visons des universaux en donnant des caractères ou qualités. Suivant cette double fonction du discours, c’est la fonction identifiante qui supporte l’intention existentielle car elle porte une prétention de nature ontologique sur des individus existants. L’opération d’identification singularisante comporte une prétention et un engagement de nature ontologique par lequel nous créditons l’existence aux choses. En d’autres termes, notre langage se réfère à quelque chose de singulier que nous tenons pour exister.

Selon Ricœur, dire l’être, c’est faire deux choses : c’est prétendre que quelque individu existe, qui a des caractères ou qualités, ou qui appartient à telle classe ; c’est en outre prétendre que l’état de chose que constitue la possession de tel caractère par tel individu est lui-même réel. Le langage semble induire ainsi une double ontologie : une ontologie des individus (ou des choses) et une ontologie des états de choses (ou des qualités). L’engagement ontologique du langage se joue sur le passage de l’individu à l’état de chose, la caractérisation d’un individu tel par une qualité telle. A la suite de John Searle qui qualifie de « postulat » la prétention ontologique que l’identification singulière porte sur les individus existants, Ricœur soutient la thèse selon de laquelle le langage s’appuie sur une « foi ontologique » dont il est le véhicule, mais dont il n’est pas l’origine. Par conséquent, la postulation ontologique du langage paraît soulever une question essentielle : qu’est-ce que ce postulat d’existence, impliqué par l’identification singulière ? Le concept d’existence sera le point de rencontre entre ontologie et phénoménologie.

A suivre >>> ONTOLOGIE – PHENOMENOLOGIE

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L’Atelier des concepts,

Emmanuel AVONYO, op

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