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Pensée du 18 juin 10

« Toute connaissance est connaissance d’un monde. »

Jean-François Malherbe, « Connaissance de foi ».

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GRILLE DE LECTURE

Qu’est-ce qu’un monde pour l’homme ? Le rapport au monde est constitutif de toute existence humaine, nous nous rapportons toujours à un ensemble de réalités et d’objets connaissables de notre environnement. Selon la phénoménologie, le monde peut être conçu comme toute mise en perspective de la réalité à partir d’un centre d’activité et de compréhension qui est l’être humain lui-même. Chaque peuple (arabe, grec, juif…) ou chaque être humain a son monde parce qu’il y a autant de mises en perspective de la réalité que d’existences humaines. Le regard perspectiviste de l’homme l’amène à créer un univers de sens propre à lui ou à sa culture. L’être humain donne une signification aux choses par sa seule présence au milieu des choses. Connaître un monde est l’activité d’un sujet qui se projette sur l’univers comme centre de perspective. Il assigne à son environnement des valeurs qui sont celles de son monde et crée par la même occasion un monde connu ou connaissable. Les philosophes rivalisent d’ardeur pour élaborer des schèmes conceptuels à partir desquels l’être humain peut penser son être-au-monde de façon éclairante. Ce travail se fait dans le monde, où le mystère de l’homme se reflète. Qu’est-ce alors que connaître un monde ?

Nous venons d’établir que la présence de l’homme est cosmogonique, elle engendre un monde. La connaissance humaine est aussi cosmogonique, elle a pour horizon de sens le monde. Pour se connaître, il faut connaître le monde auquel on appartient ou celui par rapport auquel on se définit, celui qui accueille notre existence. Toute connaissance est connaissance d’un monde, vient rappeler que toute connaissance est historique, inscrite dans un monde de l’homme. Connaître un monde, c’est l’habiter, y vivre sa destinée, ainsi les destinées ne sont jamais identiques et chacune d’elles est marquée par différentes sortes d’interrogations. Ces différentes préoccupations à l’égard du monde nourrissent la connaissance de l’homme. La compréhension du monde s’enracine dans la structure de l’existence de l’homme, qui n’est existant que dans un environnement habité et interprété. L’interprétation du monde évolue grâce à la science, et c’est ainsi que la connaissance humaine fait sans cesse des progrès. Toute connaissance est guidée par une intentionnalité propre caractérisée par la présence d’un sujet connaissant et d’un objet connaissable. La connaissance de l’homme est empreinte d’incomplétude parce que le monde matériellement fini n’est pas sémantiquement fini, il est sans cesse porteur de nouvelles éruptions de vie, c’est-à-dire d’interrogations.

Emmanuel AVONYO, op

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