« On nous conteste le droit d’admettre un psychisme inconscient (…) Nous pouvons répondre à cela que l’existence de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’inconscient. »
Sigmund FREUD, L’état psychologique.
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GRILLE DE LECTURE
La notion d’inconscient psychique paraît contradictoire et inadmissible. Qu’il suffise d’examiner ces définitions : la psychologie serait l’étude des phénomènes de la vie intérieure, en l’occurrence des phénomènes conscients. La conscience serait le sens intime par lequel l’homme se rend témoignage à lui-même de ce qu’il fait de bien et de mal. Quant à l’inconscient, il serait tout ce qui se dérobe à la lucidité de l’homme. Si tout ce qui est conscient est psychique, ce qui est inconscient paraît hors du psychisme. Cette déduction a du mal à passer car la définition du psychisme par la conscience est réductrice. En fait, pendant longtemps, la psychologie été identifiée à une seule réalité psychique, celle de la conscience ; elle était encore aux temps de Descartes et de Sartre, l’étude de l’âme et de l’esprit. L’entreprise psychologique cartésienne est le symbole de la résistance à l’inconscient ; elle tient pour constant que la proposition « je pense donc je suis » est nécessairement vraie toutes les fois qu’elle est conçue dans l’esprit. L’inconscient est écarté dès le commencement du doute. Chez Descartes, ce qui est inconscient appartient à la substance étendue, au corps, à la sphère physiologique (Je ne suis pas conscient du fonctionnement de mon foie), ce dont ne s’occupe pas la psychologie. Sartre de son côté a pu dire que l’objet de la psychologie, c’est l’homme en situation. Et qu’ainsi, « il n’y a pour une conscience qu’une façon d’exister, c’est d’avoir conscience qu’elle existe. »
Freud vient révolutionner cette théorie. Pour prouver l’existence de l’inconscient dans le psychisme humain, Freud dans son Introduction à la psychanalyse et dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne évoque les faits familiers de la vie courante et surtout les actes manqués, les oublis, les lapsi, comme des éléments inconscients que le psychanalyste remarque. Les phénomènes hypnotiques et les rêves en font aussi parti. Le rêve n’est pas que le gardien du sommeil ; son interprétation est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique. Freud présente aussi la structure de l’appareil psychique en deux topiques. Dans la première (1900-1920), il distingue le conscient, le préconscient et l’inconscient. Dans la seconde (1923) Freud use du terme inconscient pour désigner le ça, mais aussi une part du Moi. Il y a aussi le Surmoi. Le ça est totalement inconscient, il est le réservoir bouillonnant des instincts fondamentaux. Freud dit ainsi avoir produit des preuves. Parler d’un psychisme inconscient n’est plus contradictoire. Mais on épiloguera encore longtemps sur la valeur de connaissance des méthodes psychanalytiques.
Emmanuel AVONYO, op
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