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Pensée du 21 avril 10

« Je tiendrai le mythe pour une espèce de symbole, comme un symbole développé en forme de récit, et articulé dans un temps et un espace non coordonnables à ceux de l’histoire et de la géographie selon la méthode critique. »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, II, Finitude et culpabilité

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GRILLE DE LECTURE

Pour Paul Ricœur, il est relativement facile d’opposer mythe et allégorie, mais beaucoup moins de distinguer clairement mythe et symbole. Le sens commun présente parfois le symbole comme une manière de prendre les mythes de façon non allégorique, et qu’ainsi, symbole et allégorie seraient des attitudes ou des dispositions intentionnelles de l’herméneutique. En d’autres termes, interprétation symbolique et interprétation allégorique seraient deux directions de l’interprétation portant sur le même contenu, celui des mythes. Ricœur essaye de se démarquer de cette façon de concevoir le mythe par rapport au symbole. Si le symbole désigne une structure de signification ou bien un signe qui communique un sens, le mythe est compris comme un récit traditionnel, qui porte sur des événements primordiaux et destiné à fonder l’action rituelle des hommes d’aujourd’hui. Ainsi, le mythe sert en général à instituer toutes les formes d’action et de pensée par lesquelles l’homme se comprend lui-même dans son monde.

Selon cette façon de voir, le symbole est plus radical que le mythe. C’est le symbole qui est originaire. Le mythe est une espèce de symbole qui prend la forme d’un récit, il revêt une fonction symbolique. Elevé à la dignité du symbole, et renvoyant à des temps immémoriaux, le mythe est articulé dans un temps et un espace non coordonnables à ceux du regard scientifique. Cette conception du mythe repose sur le fait que nous ne pouvons plus relier le temps du mythe à celui de l’histoire telle que nous l’écrivons selon une méthode critique. Nous ne pouvons non plus rattacher les lieux du mythe à l’espace de notre géographie. A ce titre, le mythe perd sa fonction explicative pour devenir exploratoire et compréhensive. Le mythe acquiert une fonction symbolique, celle qui consiste à dévoiler les liens souterrains de l’homme avec le sacré. Ricœur entend purement et simplement enlever au mythe son intention étiologique (causaliste et explicative) et donc scientifique. Il dit se conformer à la pensée moderne et à l’histoire des religions pour lesquelles le mythe est désormais démythologisé au contact de l’histoire scientifique.

Mais force est de remarquer que Michel Meslin, un de nos contemporains, tient une position opposée à celle de Paul Ricœur qui se fait le porte-parole de son temps. Pour Meslin, il est évident que les mythes disent les diverses représentations humaines du temps et de l’espace, et qu’ils témoignent de l’exploration par l’homme des confins de l’inéluctable, du fini et de l’infini. Le contenu du mythe apparaît aux hommes comme ayant un sens, et donc comme étant un langage prégnant et persuasif. Médiateur entre l’homme et l’univers, le mythe est explicatif, parce que significatif, parce que permettant à l’homme d’expérimenter en lui les significations profondes des êtres et des choses. Meslin se distingue nettement de Ricœur lorsqu’il présente la pensée mythique comme l’expression en langage social d’une totalité organisée, explicative, formée des valeurs fondamentales et des trésors d’expériences générationnelles. Sous ce rapport, « la pensée mythique se révèle comme une systématisation signifiante, que rien ne permet d’opposer valablement à la pensée scientifique ».

Emmanuel AVONYO, op

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