Pensée du 09 décembre 09

« Le jugement est le médiateur universel de la connaissance. »

JEAN GRANIER, Art et vérité

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GRILLE DE LECTURE

Supposons que j’énonce la question suivante : qu’est-ce que la connaissance ? Nous serons tentés de dire que la connaissance est l’acte de connaître. Connaître en effet, nous inscrit dans un statut épistémique où l’on réussit à saisir l’ultime individualité de l’individuel. Autrement dit, la connaissance est l’acte par lequel l’on réussit à rendre compte aux autres et à  soi, de ce qui fait l’essence ou la quiddité des choses. De cette réponse, je puis au moins déduire que la connaissance est à mis chemin lorsqu’elle porte son regard sur l’apparence ou les hypothèses. Sans aucun risque d’erreur, nous pouvons admettre que l’on ne connaît véritablement que lorsqu’on se situe à la jointure des choses après s’être départi de la multiplicité et des apparences.

Dès lors, si la connaissance consiste en une communion à l’essence des choses, il nous faudra par voie de conséquence admettre que pour connaître, il importe de mener un discernement, mieux un jugement capable de nous élever aux principes c’est-à-dire à ce sans quoi la chose perdrait sa choséité. Du coup, le jugement se pose comme le vecteur grâce auquel la connaissance aboutit à son achèvement. Mais en fait que signifie le jugement ? La réponse à cette question semble se dessiner dans la mondanéité du Dasein.

En effet, Dans le quotidien factuel de celui-ci, il lui arrive d’être un être fasciné, un être pris dans le monde, un être capté par le monde. Tout se passe comme s’il était pris dans l’étau de la multiplicité des choses. Pourtant dans le processus de la connaissance, il s’efforce de repousser cette oppression pour ensuite dans un acte de recueillement se retrouver avec l’essence des choses. Un tel mouvement est ce qu’il convient de nommer jugement.

En un mot comme en mille, le jugement est l’acte par lequel l’esprit se recueille. Par l’outil du jugement nous nous retirons du monde. Un retrait qui en réalité est un retour au monde de l’apparaître afin de réfléchir sur le particulier que celui-ci renferme. Porter donc par la raison dont chacun est pourvu, il se présente ainsi comme le médium universel de la connaissance puisque le jugement est inséparable de l’intelligence d’une signification[1].

Elvis-Aubin Klaourou

Pensée du 08 décembre

L’academos

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[1] Karl Jaspers, Initiation à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, 1966, Paris, Ed. Payot & rivages, 1970, p. 77.

3 responses to this post.

  1. La connaissance dans son sens fort traduit l’idée de naitre-avec. « Cum » du latin signifie avec et « natus » naître. Dans l’acte de connaître, il y a l’idée de naître-ensemble. Ce que recherche perpétuellement l’homme, c’est l’ultime vérité des choses, la choséité de la chose, ce qui fait qu’une chose est. De là, une question de principe se pose.

    Si la vérité nous échappe totalement, si nous ne l’avons jamais rencontrée, qu’est-ce qui fait que quand nous la trouvons, nous sommes à même de la reconnaître? N’est-ce pas parce qu’elle nous précède et qu’elle est en nous ?

    En un sens profondément métaphysique, la connaissance est reconnaissance. Ce que nous cherchons nous précède ; l’homme est toujours en retard par rapport à l’événement de la vérité, de l’Etre. L’Etre est déjà-là avant nous. C’est le « il y a » primordial comme le souligne Merleau-Ponty. En ce sens l’événement de l’Etre est de l’ordre du reconstituer. Puisqu’il (l’Etre) est avant nous, et c’est de lui que nous naissions dans une sorte d’extase originelle, il y a de quoi reconnaitre ces traces. Reconnaissance de ce avec quoi nous sommes nés, mais qui sans cesse est évanescent, est glissement, est clignotement, en clair, est événemential.
    Mais là n’est pas le problème.

    La pensée du jour dit « le jugement est le médiateur universel de la connaissance« . A notre avis, la question ne se porte pas sur la connaissance mais sur le fait que le jugement est le médiateur universel de la connaissance. De ce fait, une question se pose. En quoi le jugement est-il médiateur universel de la connaissance ?

    Il nous semble que la citation de Jean GRANIER a un accent kantien. Nous sommes conscient de prendre un risque en affirmant cela, mais le philosopher exige de nous le goût du risque, pour nous laisser instruire. Si la citation a une coloration kantienne, alors, l’invocation ici du nom de Kant ne fait pas du tort à notre propos. Ceci dit, nous pourrions comprendre le jugement comme la liaison entre le sujet particulier et un attribut universel.

    Ainsi la proposition « Pierre est un homme » est un jugement parce qu’un sujet particulier « Pierre » est lié à un objet universel « homme ». Au fond, chez Kant il n’ y a connaissance que quand il y a rapport entre un sujet et un objet. Et là encore faudrait-il préciser qu’il y a une différence entre un jugement analytique qui ne produit pas la connaissance et un jugement synthétique qui produit la connaissance.

    Ce qui nous permet d’arriver à la conclusion suivante : ce n’est ni parce que le jugement est porté par la raison universelle, ni parce qu’il est inséparable de l’intelligence de la signification qu’il est le médiateur universel de la connaissance, mais parce qu’il est un organe de copulation entre le particulier et l’universel.

  2. Le débat est ouvert, nous ne venons pas pour faire pièce à ce qui vient d’être démontré de façon magistrale ci-dessus, ni pour condamner l’académicien qui a proposé cette grille de lecture. Connaissant son âme de philosophe, il sera d’ailleurs heureux que sa grille ait suscité autant d’intérêt. Il vous souviendra qu’entre Platon et Aristote, l’amitié avait des accents aléthétiques. C’est fort de cela que nous nous laissons convoquer autour de ce commentaire pour revoir les bases de notre amitié.

    Comme vient de le souligner Monsoleil, la pensée de Jean Granier renvoie à des présupposés kantiens certains. Cette vérité n’empêche personne d’avoir son propre regard, puisque philosopher, c’est aussi penser par soi-même.Selon nous, dans Art et Vérité, Jean Granier procède à l’examen des opérations de l’esprit qui doivent conduire à la connaissance vraie dont une des modalités serait, précisément, notre actuelle enquête sur l’art.

    Il observe que l’intuition en elle-même s’oppose au raisonnement qui est la combinaison des concepts selon les règles de la logique. C’est alors que la question se pose de savoir comment les indices intuitifs peuvent se rattacher aux concepts que met en oeuvre le raisonnement. Il parvient à la conclusion que c’est bien par le jugement que le contenu intuitif est subsumé sous des concepts, avant d’être présenté au raisonnement.

    En conséquence, les concepts sont des matériaux de la connaissance, et le jugement, l’acte essentiel de l’intelligence sans laquelle il n’y a pas raisonnement,il n’y a pas combinaison, il n’y a pas connaissance. Sans le jugement, les concepts ne sont pas adéquats à la signification car ils seront sans noyau intuitif, ils seront de vagues jeux de nuages. Et la distinction est importante, car les jugements analytiques semblent ne rien apporter à la connaissance. Dans le domaine de l’art, pour qu’il y ait connaissance, il faut que l’observation apporte quelque chose de neuf à l’observateur (Schopenhauer).

    Ceci dit, l’approche selon laquelle les jugements mettraient en lien le particulier et l’universel nous semble très à propos. Penser c’est dire merci. Comme la connaissance, la pensée est un acte de reconnaissance.
    Emmanuel

  3. Posted by Marianna Berthelots on avril 4, 2012 at 8:46 pm

    A propos, a propos de membre de l’Académie, ll semblerait que le célèbre libraire Gérard Collard, qui tient la librairie Griffe Noire, va postuler pour être à l’Academie Française .. Je pense que cela offrirait un 2nd élan à l’Académie, foi de Saint Maurien. Qu’en penser ?

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