Pensée du 09 février 10

« La métaphysique arrive-t-on à affirmer de nos jours, traite moins de l’étant en général que du sens de l’existence. »

Paul Gilbert, La patience d’être, Métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Employée par Andronicos de Rhodes pour classer certains ouvrages d’Aristote traitant des sujets qui viennent après ceux de la Physique, l’expression « métaphysique », étude des propriétés générales de l’étant, a coïncidé pendant la scolastique, avec l’ontologie, l’étude de l’être en tant qu’être. Les scolastiques entendaient ainsi montrer que c’est la substance d’Aristote que visait la métaphysique. Il semble que même l’Antiquité grecque de Parménide et d’Aristote ait identifié l’ontologie à la métaphysique, même si ces acceptions n’étaient pas encore en vogue. L’étude de l’être en tant qu’être et l’étude de l’étant renvoyaient à la même réalité. Trois ruptures épistémologiques s’opèrent par la suite : la première rupture, celle de la modernité, a consisté à distinguer la métaphysique générale (traditionnelle) de la métaphysique spéciale.

La métaphysique générale est le domaine de l’ontologie, c’est-à-dire de l’étude de l’être en tant qu’être ou substance. La spéciale comprend la cosmologie rationnelle (l’être de la nature), la psychologie rationnelle (l’être de l’âme) et la théologie rationnelle (l’être de Dieu). La deuxième rupture est celle où l’emploi du terme métaphysique en lien avec l’ontologie a été dénoncé. Kant et Heidegger ont sonné le glas de l’ambition substantialiste de la métaphysique traditionnelle qui identifiait l’ontologie avec l’être en tant que substance d’Aristote.  S’il n’est possible de connaître que le phénomène, la métaphysique comme étude de la substance de l’Etre est obsolète. La troisième rupture qui intervient déplace la métaphysique de l’étude des déterminations communes de l’étant vers  la scrutation du sens de l’existence. Paul Gilbert assume cette nouvelle orientation de la métaphysique. Il veut désormais  ressaisir la substance de l’intérieur, car la scrutation de la substance est l’exercice d’un sens recherché, celui de l’existence.

Pour Paul Gilbert, même si notre époque, « héritière rebelle du rationalisme des temps moderne » doute de la fondation ultime du sens de l’existence, il est important de rappeler que Heidegger a invité à passer des étants à l’être, de l’être en tant qu’être au sens de l’être, afin d’arracher nos espaces intérieurs à la dictature du non sens. Si aucun savoir théorique n’est capable de nous donner adéquatement le sens de l’être, il ne s’ensuit pas que le sens ne se manifeste pas dans nos vies, dans la pratique de nos désirs et de nos affections. La philosophie contemporaine nous offre un moyen privilégié pour la quête du sens de l’existence : la science pratique du discours herméneutique qui éclaire notre agir. Le sens advient grâce à l’interprétation des signes de notre existence et de ses richesses vécues. Le passage de la métaphysique à l’ère de l’herméneutique par le moyen de la phénoménologie ne vise qu’à renouveler notre sens de l’être et notre compréhension de nos traditions culturelles.

Emmanuel AVONYO, op

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