Pensée du 08 octobre 10

« Dieu est l’être absolument infini, c’est-à-dire la substance qui consiste en une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. »

Baruch SPINOZA, L’Ethique

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GRILLE DE LECTURE

Il se dit souvent que Spinoza est l’Aristote de Platon. Il n’a pas suivi son maître Descartes, mais d’une certaine manière, il n’a fait que prolonger ses intuitions. Ce continuateur critique du cartésianisme admet l’existence d’une Pensée et d’une Etendue, mais elles ne sont que deux attributs parmi tant d’autres qui définissent Dieu. La Pensée divine et l’Etendue divine, c’est Dieu sous deux aspects ou modes complémentaires. Et ainsi, tout être en tant que corps et âme, peut être considéré comme l’incarnation de ces deux modes divins. Dieu est une substance infinie dont les attributs revendiquent la même perfection d’être. Dieu est Pensée et Etendue ; l’Etendue est l’essence même des corps, et la Pensée, celle des esprits. Pensée et Etendue ne se dissocient pas. Dieu, comme dit expressément Spinoza, est chose étendue dans la mesure où il se confond avec le monde ; Le lecteur de l’Ethique et le lecteur du Traité théologico-politique pourront ne pas s’entendre sur la définition de Dieu chez Spinoza. Le premier avancera que le Dieu spinoziste est impersonnel et philosophique (comme au temps des Voltaire et Rousseau) ; le second tiendra le point de vue selon lequel le Dieu de Spinoza est représenté comme communiquant avec les hommes par l’intermédiaire des prophètes, il s’intéresse à leur sort et dirige leur destinée : c’est le Dieu judéo-chrétien. Nous pourrons faire admettre ici qu’il y a un seul Dieu chez Spinoza. Mais il semble que vraiment, le Dieu du Traité n’apparaît pas au premier coup d’œil comme identique à la substance infinie, au Dieu immuable et impassible tel qu’il est défini dans l’Éthique. Parce que Spinoza lui-même aurait par sa doctrine rejeté le Dieu providentiel de la foi juive. Qu’importe : la pensée du jour nous parle du Dieu du philosophe Spinoza. Il est l’être absolument infini, il est la substance ayant une infinité d’attributs dont chacun apparaît comme l’émanation de son essence éternelle et infinie. Le Dieu de Spinoza est défini comme la substance une, la substance immuable, infinie et universelle. Une précision s’impose : le Dieu de Spinoza n’est pas « la » substance, il est « une » substance parfaite, et cette substance unique est déterminée par une infinité d’attributs infinis. De cette manière, la substance ne se conçoit pas plus sans les attributs que les attributs sans la substance. Entre la substance et l’attribut il n’existe en fait qu’une différence nominale. Bien plus, même si tout être est un attribut (infini) divin, l’entendement de Dieu et sa volonté n’ont rien de commun avec les nôtres et ne leur ressemblent en aucune façon. La volonté divine ne diffère point de son entendement. Autrement dit, il n’a point de libre arbitre et sa prétendue liberté n’est qu’une nécessité sans contrainte.

Emmanuel AVONYO, op

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