Pensée du 15 décembre 10

« (…) Toute connaissance humaine procède de la révélation et de la foi, parce que tout procédé de démonstration porte au fatalisme et l’on ne peut démontrer que des ressemblances ; par la foi nous connaissons le fini et l’infini, l’existence de notre corps. »

Friedrich Heinrich JACOBI, Lettres sur la doctrine de Spinoza

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Lucien Goldman écrivait que « si le spinozisme est – par son refus de toute transcendance – l’aboutissement naturel du rationalisme et de l’individualisme cartésien, il est aussi – par l’introduction de l’idée de totalité – leur dépassement et le retour à une philosophie authentiquement religieuse. » (L. Goldman Dieu caché). Si l’on rapporte à la pensée de ce jour à Spinoza, l’on ne manquera pas de se demander de quelle révélation et de quelle foi il s’agit ? Selon Jacobi, le spinozisme rejetterait la transcendance de Dieu et la liberté de la volonté. Baruch de Spinoza, dans son Traité théologico-politique (1670), affirmait « Il reste à montrer enfin qu’entre la Foi ou la Théologie et la Philosophie il n’y a nul commerce, nulle parenté ; nul ne peut l’ignorer qui connaît le but et la finalité de ces deux disciplines, lesquels sont entièrement différents. » Il est clair que Spinoza oppose foi et philosophie en ce qui concerne leurs fondements. On peut inférer que la philosophie religieuse de Spinoza ne fait pas l’amalgame pour ce qui est du domaine de la foi et de celui de la raison. Ce qui indique, s’il en était besoin, qu’on peut faire de la philosophie religieuse sans y engager sa foi ou une pratique religieuse quelconque.

Il reste que la philosophie religieuse de Spinoza est assez subtile. La foi est du ressort de la révélation. Mais la révélation est celle d’un Dieu naturel, du « Deus sive natura ». Par « toute connaissance humaine procède de la révélation et de la foi », il faut entendre non seulement que la réflexion sur l’expérience religieuse relève de l’expérience de foi, mais que toute connaissance vraie procède de la foi révélée par un Dieu immanent. Il convient en effet de ne pas perdre de vue que le Dieu de Spinoza n’est pas celui des religions historiques, chrétienne ou autres : il n’est ni transcendant ni providentiel, ni anthropomorphe. Il est au contraire immanent, c’est-à-dire confondu avec la totalité du monde. Dans ces conditions, si toute connaissance procédait de la foi, n’est-ce pas d’une foi philosophique ? C’est d’autant plus plausible que la suite de la pensée dit que « par la foi nous connaissons le fini et l’infini, l’existence de notre corps. » Si l’existence de notre corps même relève de la foi, on comprend bien pourquoi aucune démonstration n’aurait encore droit de cité. Le spinozisme est une doctrine philosophique entre deux lignes, entre foi philosophique et religion philosophique, entre athéisme et panthéisme.

Emmanuel AVONYO, op

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