« Lorsqu’un symbole est familier à quelqu’un, sa compréhension consiste à suivre le mouvement de l’image qui le conduit spontanément à ce qu’elle suggère. »
Julien NAUD, « Symbolisme ».
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GRILLE DE LECTURE
Les symboles n’expriment pas une signification univoque. Ils évoquent des images, chacune d’elle suggère quelque chose de particulier. Paul Ricœur affirmait dans les Conflits des interprétations qu’un vrai symbole est gros de toutes les herméneutiques. En effet, les symboles signifient dans la mesure où ils forment des réseaux de signification, des constellations d’images affectives. Selon l’herméneutique des symboles, les images qui ont une parenté, c’est-à-dire qui évoquent des affects semblables, pointent généralement vers une même signification, mais elles ne font que suggérer cette signification. Si le symbole n’est pas familier, la signification suggérée doit être encore explicitée ou interprétée. Cette situation s’illustre bien souvent dans l’étude des symboles d’un patient qui subit une cure psychanalytique, dans l’étude de la configuration imaginaire des mouvements culturels ou religieux, ou encore dans l’examen des symboles qui constituent une œuvre poétique. Dans les œuvres de Victor Hugo, on a pu dégager des « univers symboliques » qui présentent dans chaque cas une organisation plurivoque de significations. Ces symboles ne sont pas familiers, ils appartiennent à un registre que le poète seul maîtrise parfaitement. Un symbole a une plus grande épaisseur lorsqu’il n’est pas familier. Un symbole familier ressemble à un symbole univoque, parce qu’une image particulière lui est attachée. Il oriente directement vers sa compréhension. La question qui se pose, d’après Julien NAUD, est comment les symboles se groupent-ils en constellations pour former un réseau de significations dont l’étendue et la complexité peuvent s’étendre au point de déterminer une vision globale du monde ?
Pour y répondre, Julien NAUD emprunte le symbole lunaire que Mircea Eliade étudie dans le chapitre 4 de son Traité d’histoire des religions. La lune, l’astre qui « mesure » le temps, a une vie pathétique. La lune incarne le temps, il est le devenir, il est sujet de transformation et de mort. Cette compréhension du symbole lunaire est le point de départ d’une immense synthèse dans laquelle l’homme exprime sa vision du monde. Comme la lune, l’homme naît, grandit, dépérit et meurt. Son espérance de survie dans l’au-delà trouve son expression dans la nouvelle lune qui renaît de la mort de la lune de la veille. Le cosmos entier est soumis au cycle du symbole lunaire comme à un principe unificateur et organisateur. Le symbolisme lunaire peut en arriver à étendre son empire à l’ensemble du monde cosmique et à former un système cohérent de significations. La lune peut ainsi acquérir des significations multiples selon les sphères d’étude. Le symbole lunaire n’est pas sémantiquement univoque. Soumise aux lois des images et des affects, la représentation symbolique est vectrice d’un dynamisme de transformation, de développement ou de régression, qui n’a rien à voir avec l’univocité d’un symbole familier.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by serge fiset on janvier 5, 2011 at 12:58 pm
le site web est recouvert d’un ecran transparent gris . C’est difficile à lire
Posted by L'Academie de Philosophie on janvier 5, 2011 at 11:12 pm
Salut Serge, Merci.
Je change le thème pour voir ce que ça donne.
Merci de votre fidélité à l’Academos.
Emmanuel