« La beauté n’est certes pas seule à être proche, et l’horreur nous stupéfie d’une proximité absolue et fascinante qui toujours interdit déjà toute tentative pour l’éloigner. «
Jean-Louis CHRETIEN, L’effroi du beau
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GRILLE DE LECTURE
Devant une belle fleur, une belle œuvre d’art, en écoutant une musique classique du genre Mozart, Jean Sébastien Bach, nous sommes comme saisis d’une émotion, d’une émotion certes esthétique. Cette émotion esthétique nous vient du fait que la beauté de la fleur, de la peinture, ou l’harmonieux son de la musique nous saisit du fond de notre être. La beauté de la fleur nous est d’une telle splendeur qu’a sa rencontre, nous sommes comme pris et compris par elle. Le beau nous est d’une telle proximité qu’il ne peut pas nous laisser indemnes. La beauté nous éprouve, nous blesse d’une blessure sublime, sa rencontre est joie mais d’une joie douloureuse, tellement douloureuse qu’elle laisse ses traces. Les traces du beau nous rappellent à chaque moment de la vie la proximité du beau. Ses traces viennent dire l’absence d’un il y a. Mais l’absence d’une chose à sa place est cela qui révèle du même coup qu’il lui était essentiel d’avoir une place, constitutive de son mode d’être.
Le clignotement du proche à travers ses traces dit sa présence. Le présent est présent du lointain. Du coup, l’oubli de la beauté devient difficile dans le sens où l’oubli d’une chose dans la proximité familière n’est pas disparition négatrice ; mais la chose oubliée fait corps avec son surgissement comme chose disponible, toujours et déjà-là dans une présence absente. Certes, la beauté n’est pas seule à être proche, mais elle est la seule à nous éprouver d’une épreuve esthétique. La beauté qui se suffit pourtant nous appelle, et nous impose, sans esquive possible, la charge de lui répondre et de lui correspondre. Cette réponse ne peut qu’être l’acte de louer. Or nos louanges, pour paraphraser l’un des grands chantres de la beauté divine, n’ajoutent rien à la splendeur de la beauté mais ils nous rapprochent d’elle d’une proximité absolue.
Monsoleil-Mervy AMADI, op