Archive for the ‘PHENOMENOLOGIE’ Category

Pensée du 29 février 20

« Les genres et espèces semblent avoir, dans leurs lois de connexion, un mode d’être particulier. Nous les avons appelés des « objets idéaux »… Ce mode d’être manifeste d’une part une orientation vers l’être des individus, laisser dissoudre dans lesquels les genres et espèces se particularisent sans pourtant laisser dissoudre dans l’« être dans » les individus. D’autre part il manifeste une parenté, voire une appartenance à l’être divin… Ce qui permet de mettre les objets idéaux avec l’être divin, c’est l’intemporalité, l’éternité de leur être. Il n’y a pas lieu de considérer les nombres, les couleurs, les formes géométriques comme ayant paru dans le temps, comme des choses créées à l’image du ciel et de la terre, des plantes et des animaux et des hommes. Certes : avant la création du monde il ne pouvait pas y avoir « dans le monde » des couleurs et des sons. Mais la couleur en soi… et le son en soi ont un être qui ne coïncide pas avec leur présence dans le monde. » (ESGA, 211-12)

Philibert Secretan, Edith Stein, l’œuvre philosophique. Une vue d’ensemble, Paris, L’Harmattan, 2017

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Pensée du 29 janvier 20

« Qui veut penser, doit penser intelligibilité. Cela ne signifie pas d’abord que la pensée doit être claire et rigoureuse, mais pour qu’elle puisse se déployer même comme pensée, la pensée doit réaliser qu’elle se tient dans des données de sens, qui préexistent, et qui lui donnent comme telle d’être la chose qui pense. La pensée, pensant à partir de l’intelligibilité, met en évidence, de façon historiale, ce qui est non perceptible au regard ordinaire. La symbolique de la lumière n’exprime donc pas moins l’essence intelligible de la Vie. »

Jean Gobert Tanoh, Hegel le pur penseur de l’Afrique. Essai sur le devenir de l’être africain, Paris, Edilivre, 2014

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Pensée du 30 octobre 19

« La vérité ou la fausseté, la critique et l’adéquation critique des données évidentes, voilà autant de thèmes banals qui déjà jouent sans cesse dans la vie pré-scientifique. La vie quotidienne, pour ses fins relatives et variables, peut se contenter d’évidences et de vérités relatives. La science, elle, veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous, définitives ; et, partant, des vérifications renouvelées et ultimes. Si, en fait, comme elle-même doit finir par s’en convaincre, la science ne réussit pas à édifier un système de vérités « absolues », si elle doit sans arrêt modifier les valeurs « acquises », elle obéit pourtant à l’idée de vérité absolue, de vérité scientifique, et elle tend par là même à un horizon infini d’approximations qui convergent toutes vers cette idée. A l’aide de ces approximations, elle croit pouvoir dépasser la connaissance naïve, et aussi se dépasser infiniment elle-même. Elle croit le pouvoir aussi par la fin qu’elle se pose, à savoir l’universalité systématique de la connaissance.»

Edmond Husserl

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Pensée du 24 octobre 19

« Commençons par distinguer l’égoïsme et le nombrilisme. L’égoïsme est la propension à vouloir garder quelque chose pour soi. Celui que l’on dit égoïste a du mal à partager l’objet de son désir car il confond l’avoir avec l’être, c’est-à-dire qu’il attribut à la chose une qualité essentielle qui le singulariserait en tant que possesseur. Il n’a pas ainsi à contrarier son désir en laissant la dite chose à un autre. D’une certaine manière, l’égoïsme exprime l’instinct de conservation. Mais un égoïste sait qu’il est égoïste, et de cette connaissance il peut s’efforcer de se changer. Aussi pourrait-il partager ses biens même si le cœur n’y est pas, car nous ne sommes pas égoïstes par quiddité, c’est-à-dire que l’égoïsme n’est pas inscrit dans nos fibres (bien que l’égoïsme soit un penchant naturel comme je viens de le dire), nous sommes égoïstes dans les actes, autrement-dit, nous avons la puissance de contrecarrer cette aspiration à la possession exclusive.

Un nombriliste n’est pas nécessairement égoïste, la possession exclusive des objets n’est pas sa priorité. Si l’égoïsme est un acte, le nombrilisme est un point de vue. Celui que l’on dit nombriliste n’aborde le monde que de son seul point de vue, en résumé, il ramène tout à lui. Point d’instinct de conservation ici, mais une flétrissure narcissique, c’est-à-dire le besoin de se rassurer quant à sa place dans le monde (les plus pinailleurs d’entres-vous y verrons la marque de l’instinct de survie). Aussi un nombriliste est enclin à la pitié, à la miséricorde et aux apitoiements, non pas avec raison, mais parce son empathie le pousse à voir sa propre faiblesse dans le malheur des autres. C’est lui-même qu’il plaint en s’imaginant dans la situation du malheureux.

Contrairement à l’égoïste, le nombriliste s’ignore, car à partir de l’instant où il est capable de considérer un autre point de vue que le sien, il ne se fait plus nombriliste. Mais si on peut aisément contrarier une pulsion égoïste, il est plus difficile de changer sa manière d’appréhender le monde, il en va de notre organisation mentale (…) »

Source : LE P’TIT COIN PHILO

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Pensée du 17 juillet 19

« Dans l’expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée et la sienne ne font qu’une seul tissu, mes propos et ceux de l’interlocuteur sont appelés par l’état de la discussion, ils s’insèrent dans une opération commune dont aucun de nous n’est le créateur. Il y a là un être à deux, et autrui n’est plus ici pour moi un simple comportement dans mon champ transcendantal, ni d’ailleurs moi dans le sien, nous sommes l’un pour l’autre collaborateurs dans une réciprocité parfaite, nos perspectives glissent l’une dans l’autre, nous coexistons à travers le même monde. Dans le dialogue présent, je suis libéré de moi-même, les pensées d’autrui sont bien des pensées siennes ; ce n’est pas moi qui les forme, bien que je les saisisse aussitôt nées ou que je les devance, et même l’objection que me fait mon interlocuteur m’arrache des pensées que je ne savais pas posséder, de sorte que si je lui prête des pensées, il me fait penser en retour. C’est seulement après coup, quand je me suis retiré du dialogue et m’en ressouviens, que je puis le réintégrer à ma vie, en faire un épisode de mon histoire privée, et qu’autrui rentre dans son absence, ou, dans la mesure où il me reste présent, est senti comme une menace pour moi ». ».

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Gallimard, p. 407.

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Pensée du 03 juin 19

« Dans leurs relations entre eux, les Etats se comportent en tant que particuliers. Par suite, c’est le jeu le plus mobile de la particularité intérieure, des passions, des intérêts, des buts, des talents, des vertus, de la violence, de l’injustice et du vice, de la contingence extérieure à la plus haute puissance que puisse prendre ce phénomène. C’est un jeu où l’organisme moral lui-même, l’indépendance de l’Etat, est exposée au hasard. Les principes de l’esprit de chaque peuple sont essentiellement limités à cause de la particularité dans laquelle ils ont leur réalité objective et leur conscience de soi en tant qu’individus existants. Aussi leurs destinées, leurs actions dans leurs relations réciproques sont la manifestation phénoménale de la dialectique de ces esprits en tant que finis, dans cette dialectique se produit l’esprit universel, l’esprit du monde en tant qu’illimité, et en même temps c’est lui qui exerce sur eux son droit (et c’est le droit suprême), dans l’histoire du monde comme tribunal du monde ».

HEGEL, Principes de la Philosophie du Droit, 340.

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Pensée du 01 juin 19

« On dit aux gouvernants, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant des maximes qu’on en aurait pu retirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, constitue une situation si individuelle que dans cette situation on ne peut et on ne doit décider que par elle. Dans ce tumulte des événements du monde, une maxime générale ne sert pas plus que le souvenir de situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car une chose comme un pâle souvenir, est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent ; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité. A ce point de vue, rien n’est plus fade que de s’en référer aux exemples grecs et romains, comme c’est arrivé si fréquemment chez les Français à l’époque de la Révolution. Rien de plus différent que la nature de ces peuples et le caractère de notre époque ».

Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire (Cours de 1822)

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Pensée du 16 mai 19

« Quand on lit un livre, on ne fait pas attention aux caractères, mais à ce qu’ils représentent. Au contraire, si on porte l’attention sur les caractères eux-mêmes, alors on perd de vue ce qu’ils représentent. Il y a là quelque chose de paradoxal : d’un côté, pour accéder à la chose représentée, on doit recourir au signe, à la chose représentante, car nous connaissons la chose représentée par son intermédiaire; mais d’un autre côté, on doit faire abstraction du signe, de la chose représentante, pour accéder à ce qu’elle représente : on doit faire comme si le signe n’existait pas, on doit le traiter comme rien. Le signe doit être à la fois présent et absent pour représenter la chose signifiée. (…) C’est le paradoxe de la présence-absence du signe. Il faut que le signe soit présent (pour représenter la chose signifiée); mais s’il est trop présent, il finit par cacher la chose qu’il est censé dévoiler. Pour accéder à la chose signifiée, on doit certes passer par le signe, mais on ne doit surtout pas s’y arrêter. Quand le doigt montre la lune, il ne faut pas, comme l’imbécile selon un proverbe connu, regarder le doigt. »

François Recanati, La Transparence et l’énonciation Ed. Seuil, 1979, p. 17.

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Pensée du 17 avril 19

« Pour que la philosophie apparaisse il faut la conscience de la liberté, et le peuple dans lequel la philosophie commence doit avoir la liberté comme principe ; pratiquement, cela est lié à l’épanouissement de la liberté réelle, la liberté politique. Celle-ci commence seulement là où l’individu se sait comme individu pour soi, comme universel, comme essentiel, comme ayant une valeur infinie en tant qu’individu ; où le sujet a atteint la conscience de la personnalité, où donc il veut affirmer sa valeur absolument pour soi. La libre pensée de l’objet y est incluse, – de l’objet absolu, universel, essentiel. Penser, cela veut dire mettre quelque chose dans la forme de l’universalité; se penser veut dire se savoir comme universel, se donner la détermination de l’universel, se rapporter à soi. Là est contenu l’élément de la liberté pratique […]. Dans l’histoire la philosophie apparaît donc seulement là où se forment de libres constitutions. L’Esprit doit se séparer de son vouloir naturel, de son immersion dans la matière ».

HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie.

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Pensée du 16 avril 19

« En ce qui concerne d’abord cette galerie d’opinions que présenterait l’histoire de la philosophie — sur Dieu, sur l’essence des objets de la nature et de l’esprit — ce serait, si elle ne faisait que cela, une science très superflue et très ennuyeuse, alors même qu’on invoquerait la multiple utilité à retirer d’une si grande animation de l’esprit et d’une si grande érudition. Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On n’a qu’à considérer des écrits qui sont des histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils présentent et traitent les idées philosophiques comme des opinions, pour se rendre compte à quel point tout cela est sec, ennuyeux et sans intérêt. Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. »

HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie

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