Nkrumah et les coups d’Etats
« Les coups d’Etat sont une forme de lutte tentant à la prise du pouvoir politique (…) tant que le continent africain n’achèvera pas son unification politique, il y a aura encore des coups d’Etat. Tous ces coups d’Etat sont les conséquences d’une même situation : il existe d’une part les puissances néo-colonialistes qui manœuvrent les Etats néo-colonialistes en donnant leur appui aux élites réactionnaires bourgeoise dans leur lutte pour le pouvoir ».
Nkrumah K., La lutte des classes en Afrique, tr. fr. Marie-Aïda Bah-Diop, Paris, Présence Africaine, 1972, p.57, p. 61.
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GRILLE DE LECTURE
C’est en 1970 que Nkrumah écrit Class struggle in Africa et déjà, en grand visionnaire, il avait pressenti les évènements qui agitent notre continent en 2011. Les coups d’Etat dont sont victimes nos gouvernements – en Côte d’Ivoire et en Libye – prouvent bien que Nkrumah avait raison : les puissances coloniales n’ont pas cessé de l’être et comme toujours, elles appuient les mouvements de la bourgeoisie africaine. Les rebelles sont ainsi transformés en « combattants républicains », en « Conseil National de Transition », etc. dans le seul but de continuer de dominer l’Afrique. Mais Nkrumah ne fait pas que diagnostiquer le problème : il propose une solution : l’unification politique de l’Afrique de sorte que les institutions de notre continent soient assez fortes pour résister aux assauts impérialistes de l’Occident. Qui oserait lui donner tort ?
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Posted by du Plessix Arnauld on octobre 10, 2011 at 7:37 am
Bonjour,
Sur ce propos. La notion même de colonisateur n’est pas un terme dirigé uniquement sur l’Afrique. Tous les pays ont connu leurs affrontements avec des voisins proches ou lointains. Après, c’est une question de savoir s’il y a une unité nationale…ici encore, l’Afrique ne connaît réellement cette notion que depuis peu…la France a mis des siècles envers les romains et envers elle même : loin d’être glorieux parfois par ses sangs versės. Je préférerai relever que ces nations nouvelles et étrangères ont surtout bouleversė les rapports d’équilibre hommes/nature. D’ailleurs, il suffit de voir comment aujourd’hui elle dėveloppent la notion meme de l’environnement !!! Cela se retourne un jour contre soi ! Consequence ā cela ; la propriėtė. La notion de propriete n’est pas une donnée fondamentale des lors que l’homme est en recherche de Dieu (importante dans la responsabilitė )- par contre, transmettre des connaissances sur l’approche de la vie, de la nature, de l’organisation humaine…c’est lā aussi l’effet cumulatif entre l’individu, le groupe et une conception de voir la vie ! Un fait est sur la notion meme de la mediation : je pense que l’on peut regarder la valeur d’un peuple ª sa capacitė de régler ses conflits -preuve en est qu’il n’y a pas de prison en bien des pays d’afrique(si des prisonniers politiques). Certes, il y en a mais il ya tres peu de prisonniers. (Comparé ã nos 60000 sans parler des asiles psychiatriques). La notion même de médiation pratiquée en Afrique a une valeur inestimable :elle est le fruit de l’observation et si elle est bien pratiquée, le fruit d’une grande « opération » humaine. Là ou aujourd’hui, nous constatons dans bien des pays occidentaux l’échec de la justice regalienne, nous ne pouvons que constater que les groupes et tribus avaient mis en place une capacité d’écoute et règlement des conflits assez efficaces. Certes, rien n’est parfait…mais la technique de fonctionnement …avec des personnes qui savent faire : ils étaient et ils sont des avangardistes ! C’est la valeur de l’être qui prime et l’équilibre et la paix sociale. La difficultė est la représentation des élus. Elle est de plus en plus lointaine dans son mécanisme : elle laisse la porte ouverte aux grands parleurs…et aux interets particuliers…pas aux sages.
Posted by jeanericbitang on octobre 11, 2011 at 9:51 am
Bonjour Arnauld,
en effet, la notion de colonisateur n’est pas exclusive à la situation africaine, mais vous oubliez quelque chose de fondamental: c’est que l’idée de colonisation n’est pas seulement en rapport avec l’affrontement, mais plus en rapport avec l’idée de domination impérialiste. Cette utilisation du terme est surtout moderne car les Egyptiens se disaient eux-mêmes être une « colonie » de l’Ethiopie, c’est à dire un simple « bras », une « descendante ». Dans l’utilisation antique du terme, il n’y a donc pas d’impérialisme. C’est surtout l’Occident qui a contribué largement à donner le sens moderne de ce mot. Le problème n’est donc pas vraiment en rapport avec une « unité nationale » ou une « guerre entre Etats », mais précisément au niveau de l’impérialisme. L’acception moderne du colonialisme c’est l’impérialisme, c’est à dire la volonté manifeste de dominer, d’écraser, de soumettre et de réduire l’autre en esclave, ou, pour utiliser un langage kantien, à transformer un groupe d’hommes en moyens pour un autre groupe d’hommes.
Je ne comprends pas bien le reste de votre propos en rapport avec la citation de Nkrumah qui s’attaque à l’essence des coups d’Etat en Afrique. Il me semble que vous traitiez d’un tout autre sujet. Vous serez donc aimable de m’aider à y voir plus clair.
Jean Eric Bitang