Pensée du 07 novembre 11

« Le Nègre est monothéiste, en effet, si loin que l’on remonte dans son histoire, et partout. Il n’y a qu’un seul Dieu, qui a tout créé, qui est toute puissance et toute volonté ».

Meyongo et Menda, Précis de philosophie pour l’Afrique, Paris, Nathan, 1981, p. 133.

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GRILLE DE LECTURE

Voici un exemple quasi type des « démonstrations » péremptoires dont sont friands les défenseurs de l’ethnophilosophie, et donc, inévitablement, de ce que M. Hountondji a nommé « l’unanimité primitive ». On postule, en effet, dans cette vision « rétro-jetée » de la tradition africaine, à des grossièretés insupportables, transposant l’actualité africaine à l’éternité du continent. On affirme pompeusement que le « Nègre est », c’est-à-dire « a été », « est » et « sera » ce qu’il « est ». On l’enferme dans des concepts figés. On oublie que ce qui fait l’homme c’est qu’il se fait. Ou alors, peut-être que le Nègre n’est pas un homme, qu’il n’est pas un être pour-soi, mais en-soi. Il faudrait alors réajuster le langage et tirer les conséquences logiques de cette « déshumanisation » de l’homme Nègre, car c’est vers elle que se dirige toutes les philosophies de la revendication qui s’appuie sur les mêmes slogans impérialistes et coloniaux qui ont enfermé le Nègre dans des concepts en le transformant en, pour reprendre les mots de M. Towa, une identité ne varietur. Au-delà de cette objection métaphysique, il y a l’objection historique. Il n’est absolument pas exact que de tous temps l’homme Africain ait été monothéiste. L’analyse simple de la culture égyptienne permettrait de corriger cette déformation de la réalité de façon très simple. Sur ce point, les travaux de Cheikh Anta Diop sont le modèle quasi indépassable, parce qu’ils ont ouvert  la voie et parce qu’ils sont, aussi, sujet à polémique. On ne peut réfuter ses travaux que de deux façons : soit les Egyptiens n’étaient pas des Nègres, soit le polythéisme égyptien était une sorte de « monothéisme décentralisé » dans lequel l’âme du Dieu se fondait dans les différents dieux. Aucune de ces thèses ne résiste légitimement à la critique, mais peut-être est-ce là, la raison d’être d’un autre article.

Voir le blog de Jean Eric BITANG

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