Pensée du 16 août 17

« La science et la technologie ont fini par faire cette découverte capitale : toute activité productive vit des emprunts qu’elle fait aux ressources limitées de la planète et des échanges qu’elle organise à l’intérieur d’un système fragile d’équilibres multiples. Il ne s’agit point de diviniser la nature ni de retourner à elle, mais de prendre en compte ce fait : l’activité humaine trouve en la nature sa limite externe et à ignorer cette limite, on provoque des retours de bâton qui prennent dans l’immédiat, ces formes discrètes encore si mal comprises : nouvelles maladies et nouveaux mal-être ; enfants inadaptés (à quoi ?) ; baisse de l’espérance de vie, baisse des rendements physiques et de la rentabilité économique ; baisse de la qualité de vie bien que le niveau de consommation soit en hausse. La réponse des économistes consistait essentiellement, jusqu’ici, à traiter d’utopistes et d’irresponsables ceux qui constataient ces symptômes d’une crise des rapports profonds avec la nature, dans lesquels l’activité économique trouve sa condition première. Le plus loin que l’économie politique soit allée, a été d’envisager la croissance zéro des consommations physiques. Un seul économiste, Nicholas Georgescu Roegen, a eu le bon sens de constater que, même stabilisée, la consommation de ressources limitées finira inévitablement par les épuiser complètement, et que la question n’est donc point de ne pas consommer de plus en plus, mais de consommer de moins en moins : il n’y a pas d’autre moyen de ménager les stocks naturels pour les générations futures ».

André Gorz, Écologie et liberté, 1977, Éditions Galilée.

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