Pensée du 26 décembre 17

« (…) Des ingénieurs experts en nanotechnologie échafaudent, pour assister techniquement les processus vitaux de l’organisme humain, l’image, qui mêle homme et machine, d’une station de production soumise à une supervision et une régénérescence autorégulées qui permettent que soient effectuées en permanence réparations et améliorations. Selon cette vision, des microrobots capables de s’autodupliquer circulent dans l’organisme humain et se connectent aux tissus organiques afin, par exemple, d’interrompre les processus du vieillissement ou de stimuler les fonctions cérébrales. Même les ingénieurs informaticiens ne sont pas en reste dans le genre puisque l’image qu’ils se font des robots de l’avenir, lesquels seront devenus autonomes, fait apparaître des machines qui jugeront que l’homme de chair et de sang est devenu un modèle obsolète. Ces intelligences supérieures sont censées s’affranchir des exiguïtés du hardware humain. Ils promettent au software tiré de notre cerveau, non seulement l’immortalité mais encore la perfection infinie.  Le corps bourré de prothèses, destinées à améliorer les performances ou l’intelligence d’anges qui hantent les disques durs, ressortit à des images fantastiques qui empêchent qu’on fixe désormais les limites, et défont les cohérences qui, jusqu’ici, apparaissaient nécessaires, d’une manière quasi transcendantale, à notre activité quotidienne (…) « 

J. Habermas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ?, Gallimard, 2002, pages 66-68.

____________________________________________________________________

Laisser un commentaire