« Il y a des gens qui font une distinction entre qualités premières et qualités secondes : par celles-là ils entendent l’étendue, la figure, le mouvement, le repos, la solidité ou l’impénétrabilité et le nombre ; par celles-ci ils désignent toutes les autres qualités sensibles telles que couleurs, sons, saveurs, etc. Ils reconnaissent que les idées que nous avons de ces dernières qualités ne ressemblent pas à quelque chose de non perçu qui existerait hors de l’esprit ; mais ils veulent que nos idées des qualités premières soient les modèles ou images de choses qui existent hors de l’esprit, dans une substance non pensante qu’ils appellent matière. Par matière donc, nous devons entendre une substance inerte et insensible, dans laquelle l’étendue, la figure, le mouvement, etc., subsistent effectivement. Or il est évident, par ce que nous avons déjà montré, que l’étendue, la figure et le mouvement ne sont que des idées existant dans l’esprit ; et qu’une idée ne peut ressembler à rien d’autre qu’à une autre idée ; que, par conséquent, ni les idées ni leurs archétypes ne peuvent exister dans une substance non percevante. D’où il est clair que la notion même de ce qu’on appelle matière ou substance corporelle renferme une contradiction. (…) »
Berkeley, Traité sur les principes de la connaissance humaine, 1ère partie, 1710
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