« Tout est-il dit alors de la religion ? (…) L’attente du Royaume de Dieu qui orientait la vie des hommes du passé en Occident s’est-elle entièrement résorbée dans la gestion du monde, ici et maintenant, et dans la confiance, purement séculière, dans les avancées prochaines du progrès ? Les choses ne sont pas tout à fait aussi simples. Car ces avancées du progrès ne comblent pas entièrement les attentes humaines. Chaque pas en avant fait surgir de nouvelles questions, de nouveaux possibles, et donc de nouvelles attentes. (…) Bien sûr, les hommes modernes, dans leur immense majorité, ne fondent plus leur espoir sur la certitude de la venue du Messie à la fin des temps. Mais, sur un mode qui n’est plus « religieux », ils continuent à vivre dans l’attente. Il y a des périodes où cette attente s’exprime à travers une confiance illimitée dans la puissance économique et scientifique des sociétés les plus avancées. (…) Il y a des périodes où cette attente se remplit des espoirs suscités par de grands mouvements sociaux et politiques, dont on pense qu’ils ont une capacité irrésistible de transformer le monde et de lui imprimer un cours nouveau. Les périodes révolutionnaires ont favorisé ce messianisme politique. Plus près de nous, le mouvement de mai 1968 a cristallisé les aspirations d’une génération à un monde nouveau.
Hervieu-Léger (Danièle), « Religion et modernité », dans La religion au lycée, 1990
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