Pensée du 25 janvier 19

« Dans les dernières lignes de ses Leçons sur l’Esthétique, Hegel souligne que dans l’art, il ne s’agit pas d’un simple jeu utile ou agréable. Il est question de l’esprit se libérant du contenu et de la forme de la finitude. En l’art, il s’agit de l’esprit s’efforçant d’avoir accès à ce qu’il est en se ressouvenant de sa provenance. Qu’est-ce que la provenance sinon ce lieu de l’appartenance réciproque de l’être et de la parole ? Ce lieu où l’être s’est déjà pressé vers la parole comme son épreuve, sa propre épreuve. Si l’être comme le souligne Aristote, se dit en plusieurs façons, l’œuvre d’art n’est-il pas une modalité de se dire ? Certes, cette modalité ne saurait épuiser l’être. En elle, l’esprit est seulement intuitionné. Il n’est pas appréhendé en tant que ce qui se pose soi-même et est le mouvement de son propre poser. L’esprit n’est pas encore saisi en tant que la substance qui est aussi sujet, c’est-à-dire en infinie médiation de soi. Ici ne se trouve-t-il pas la limite de l’art ?

Son royaume est bien l’esprit mais en lui le tout de l’esprit n’est pas posé comme un tout. Le tout de l’esprit n’est pas posé en son concept. Cette limite n’a pas la signification d’un moindre être, de ce qui aurait dû ne pas être. Au fond, ne constitue-t-il pas la beauté même de l’art en un certain sens ? Peut-être, est-il heureux que par l’art, les choses soient simplement manifestées en leur rayonnement. Simplement ne renvoie pas ici à une pauvreté, mais à ce qui conduit à une surabondance gracieuse. L’œuvre d’art laisse simplement l’étant être en son rayonnement pour inviter le regard, peut-être, à aller vers ce lieu où le voir et l’entendre s’originent et sont relayés par autre chose. Que peut être ce regard, sinon le regard philosophique ? »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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