Pensée du 01 mars 19

« Juifs pour Jésus, juifs bouddhistes (appelés « Jubu »), zen chrétiens, catholiques bouddhistes ou adeptes de mystiques soufies et de chamanisme… Les combinaisons sont infinies. Et ils sont de plus en plus nombreux, croyants nomades, à s’affranchir des institutions religieuses et des dogmes pour se fabriquer une spiritualité sur mesure et renouer avec le sacré. Les ressources disponibles pour bricoler s’étant considérablement élargies, encore faut-il faire son choix dans les rayons de ce qui ressemble aujourd’hui à un supermarché spirituel. « Chacun construit, au fil de ses rencontres, son propre itinéraire, note Martine Cohen, chercheuse au CNRS. Les groupes rigoristes se fabriquent une image médiatique qui les rend très visibles. C’est une stratégie délibérée. Or les mouvements fondamentalistes ne sont pas forcément ceux qui se développent le plus. Au contraire. Ceux qui, sans revendiquer un engagement dans une religion particulière, ne se disent pas incroyants se multiplient. » Et parmi eux, tout comme parmi les croyants, certains reconstruisent les discours établis. D’après un sondage Harris Interactive, publié en 2011, seul un Français sur trois environ (36%) déclare croire en Dieu tandis que 34 % se disent athées (en constante augmentation) et autant « flottent » dans leur foi. « La France se sécularise, écrit le sociologue Sébastien Fath. Point de « retour de Dieu », en tout cas pas sur le mode d’une croyance collective « à l’ancienne ». L’athéisme est cependant loin de tout balayer sur son passage. Ceux qui croyaient auparavant par habitude ou par conformisme s’éloignent aujourd’hui durablement, par millions. En revanche, le tiers de croyants déclarés exprime aujourd’hui sa foi sur des modes plus personnels, plus argumentés, plus affirmés. » Ils sont revenus de la raison et du progrès de la science comme sources de bonheur et veulent retrouver du sens sans se soumettre aveuglément et exclusivement à l’un des grands dogmes. « Cette démarche suit l’évolution moderne qui fait la part belle à l’individualisme et met l’accent sur l’authenticité : il est plus important de trouver son chemin que d’être conforme, explique Louis Hourmant, chargé de cours à l’université de Paris-Est et responsable administratif de l’Institut européen en sciences des religions (IESR). Ce phénomène, qui a démarré dans les années 1960, s’accentue. Auparavant, il touchait des gens qui héritaient d’une culture religieuse et comportait un aspect revendicatif et rebelle (…) »

Louise Couvelaire, Le Monde, 14 avril 2012

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