Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 07 décembre 17

« De façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s’il ne peut philosopher. Mais on n’apprend à philosopher que par l’exercice et par l’usage qu’on fait soi-même de sa propre raison. Comment la philosophie se pourrait-elle, même à proprement parler, apprendre? En philosophie, chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les ruines d’une autre ; mais jamais aucune n’est parvenue à devenir inébranlable en toutes ses parties. De là vient qu’on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu’elle n’existe pas encore. Mais à supposer même qu’il en existât une effectivement, nul de ceux qui l’apprendraient, ne pourrait se dire philosophe, car la connaissance qu’il en aurait demeurerait subjectivement historique. Il en va autrement en mathématiques. Cette science peut, dans une certaine mesure, être apprise ; car ici, les preuves sont tellement évidentes que chacun peut en être convaincu ; et en outre, en raison de son évidence, elle peut être retenue comme une doctrine certaine et stable.«

Emmanuel Kant, Anthropologie d’un point de vue pragmatique.

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Pensée du 06 décembre 17

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? […] Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. »

Voltaire, article « Fanatisme », in Dictionnaire philosophique (1764).

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Pensée du 03 décembre 17

« L’étincelle créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la mise en présence de deux images, c’est-à-dire de deux signifiants également actualisés. Elle jaillit entre deux signifiants dont l’un s’est substitué à l’autre en prenant sa place dans la chaîne signifiante, le signifiant occulté restant présent de sa connexion (métonymique) au reste de la chaîne. Un mot pour un autre, telle est la formule de la métaphore (…) La métaphore est radicalement l’effet de substitution d’un signifiant à un autre dans la chaîne, sans que rien de naturel ne le prédestine à cette fonction de métaphore, sinon qu’il s’agit de deux signifiants, comme tels réductibles à une opposition phonématique. »

Jacques Lacan, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, I, p. 504 et II, p. 360.

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Pensée du 02 décembre 17

« Si le sens métaphorique est quelque chose de plus et d’autre que l’actualisation d’un des sens potentiels d’un mot polysémique (…), il est nécessaire que cet emploi métaphorique soit seulement contextuel ; par là j’entends un sens qui émerge comme résultat unique et fugitif d’une certaine action contextuelle. Nous sommes ainsi amenés à opposer les changements contextuels de signification aux changements lexicaux qui concernent l’aspect diachronique du langage en tant que code, système ou langue. La métaphore est un tel changement contextuel de signification. »

Paul Ricoeur, La métaphore vive, Le  Seuil, 1975.

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Pensée du 01 décembre 17

« L’esprit de religion est (…) un esprit de soumission à l’irrationnel et à l’ordre qu’on croit émané d’un être qui nous surpasse en toutes choses et qui cumules les perfections dont nous rêvons. Or il faut à l’homme un peu plus d’initiative créatrice pour pouvoir envisager avec optimisme de faire échec aux diverses formes d’aliénation que lui présente la société devant sortir de la bataille du développement. La religion ne nous donnera pas ce supplément nécessaire d’initiative créatrice, c’est-à-dire, au fond, de liberté ».

Njoh-Mouelle E., De la médiocrité à l’excellence, 3è éd., Yaoundé, CLE, 1998, p. 140.

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Pensée du 30 novembre 17

« Unité de temps, unité d’espace, unité d’action. Les plans de réalité sont la plus petite portion de l’espace temps social. Car l’espace, le temps et la socialité sont indissociables dans un plan de réalité. L’espace-temps est confus. Le même, lieu, quelques heures plus tard, quelques mètres plus loin, est un autre plan de réalité.  Un lieu sacré ne prend son sens que par une réunion de fidèles à un moment donné. Celui qui le visite en un autre moment doit reconstituer à partir d’indices ou de vestiges l’usage régulier, et donc le sens que les objets du lieu ont pu connaître. Le temps multiplie l’espace, et la société comme séparation multiplie le tout. »

Jean-Paul GALIBERT, « Scènes de vie dans un espace confus »

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Pensée du 29 novembre 17

« L’accès à la télévision a pour contrepartie une formidable censure, une perte d’autonomie liée, entre autres choses, au fait que le sujet est imposé, que les conditions de la communication sont imposées et surtout, que la limitation du temps impose au discours des contraintes telles qu’il est peu probable que quelque chose puisse se dire. Cette censure qui s’exerce sur les invités, mais aussi sur les journalistes qui contribuent à la faire peser, on s’attend à ce que je dise qu’elle est politique. II est vrai qu’il y a des interventions politiques, un contrôle politique (qui s’exerce notamment au travers des nominations aux postes dirigeants) ; il est vrai aussi et surtout que dans une période où, comme aujourd’hui, il y a une armée de réserve et une très grande précarité de l’emploi dans les professions de la télévision et de la radio, la propension au conformisme politique est plus grande. Les gens se conforment par une forme consciente ou inconsciente d’autocensure, sans qu’il soit besoin de faire des rappels à l’ordre. »

BOURDIEU, Sur la télévision

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Pensée du 28 novembre 17

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. »

Georges Bataille, L’érotisme

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Pensée du 27 novembre 17

« Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu’on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l’effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n’est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu’il possède l’unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle – comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d’un soulier. Il semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. »

F. Hegel, La Phénoménologie de l’Esprit. 

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Pensée du 26 novembre 17

« Qu’y a-t-il de plus inutile, de plus ennuyeux qu’une suite de simples opinions ? On n’a qu’à considérer des écrits qui sont des histoires de la philosophie, en ce sens qu’ils présentent et traitent les idées philosophiques comme des opinions, pour se rendre compte à quel point tout cela est sec, ennuyeux et sans intérêt. Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. »

HEGEL

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