Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 25 novembre 17

« L’amitié (considérée dans sa perfection) est l’union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques. – On voit facilement qu’elle est l’Idéal de la sympathie et de la communication en ce qui concerne le bien de chacun de ceux qui sont unis par une volonté moralement bonne, et que si elle ne produit pas tout le bonheur de la vie, l’acceptation de cet Idéal et des deux sentiments qui le composent enveloppe la dignité d’être heureux, de telle sorte que rechercher l’amitié entre les hommes est un devoir. – Mais il est facile de voir que bien que tendre vers l’amitié comme vers un maximum de bonnes intentions des hommes les uns à l’égard des autres soit un devoir, sinon commun, du moins méritoire, une amitié parfaite est une simple Idée, quoique pratiquement nécessaire, qu’il est impossible de réaliser en quelque pratique que ce soit. »

Emmanuel Kant, Métaphysique des Mœurs (1797), « La Doctrine de la Vertu », traduction de A. Philonenko.

_____________________________________________________________________

Pensée du 24 novembre 17

« Celui qui veut apprendre à philosopher doit, au contraire, considérer tous les systèmes de philosophie uniquement comme une histoire à l’usage de la raison et comme des objets d’exercice de son talent philosophique. Car la science n’a de réelle valeur intrinsèque que comme instrument de sagesse. Mais à ce titre, elle lui est à ce point indispensable qu’on pourrait dire que la sagesse sans la science n’est que l’esquisse d’une perfection à laquelle nous n’atteindrons jamais. Celui qui hait la science mais qui aime d’autant plus la sagesse s’appelle un misologue. La misologie naît ordinairement d’un manque de connaissance scientifique à laquelle se mêle une certaine sorte de vanité. Il arrive cependant parfois que certains tombent dans l’erreur de la misologie, qui ont commencé par pratiquer la science avec beaucoup d’ardeur et de succès mais qui n’ont finalement trouvé dans leur savoir aucun contentement. La philosophie est l’unique science qui sache nous procurer cette satisfaction intime, car elle referme, pour ainsi dire, le cercle scientifique et procure enfin aux sciences ordre et organisation. »

Emmanuel Kant, Logique, trad. Guillermit, éd. Vrin 1966, p. 25-26.

_______________________________________________________________________________

Pensée du 23 novembre 17

« Les sciences de l’esprit se distinguent tout d’abord des sciences de la nature en ce que celles-ci ont pour objet des faits qui se présentent à la conscience comme des phénomènes donnés isolément de l’extérieur, tandis qu’ils se présentent à nous-mêmes de l’intérieur comme une réalité et un ensemble vivant originairement. Il en résulte qu’il n’existe d’ensemble cohérent de la nature dans les sciences physiques et naturelles que grâce à des raisonnements qui complètent les données de l’expérience au moyen d’une combinaison d’hypothèses ; dans les sciences de l’esprit, par contre, l’ensemble de la vie psychique constitue partout une donnée primitive et fondamentale. Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique. Car les opérations d’acquisition, les différentes façons dont les fonctions, ces éléments particuliers de la vie mentale, se combinent en un tout, nous sont données aussi par l’expérience interne. L’ensemble vécu est ici la chose primitive, la distinction des parties qui le composent ne vient qu’en second lieu. Il s’ensuit que les méthodes au moyen desquelles nous étudions la vie mentale, l’histoire et la société sont très différentes de celles qui ont conduit à la connaissance de la nature. »

Dilthey, Idées descriptives

_____________________________________________________________________

Pensée du 22 novembre 17

« Nous nous demandons quelle est la portion du monde matériel à laquelle notre intelligence est spécialement adaptée. Or, pour répondre à cette question, point n’est besoin d’opter pour un système de philosophie. Il suffit de se placer au point de vue du sens commun. Partons donc de l’action, et posons en principe que l’intelligence vise d’abord à fabriquer. La fabrication s’exerce exclusivement sur la matière brute, en ce sens que, même si elle emploie des matériaux organisés, elle les traite en objets inertes, sans se préoccuper de la vie qui les a informés. De la matière brute elle-même elle ne retient guère que le solide : le reste se dérobe par sa fluidité même. Si donc l’intelligence tend à fabriquer, on peut prévoir que ce qu’il y a de fluide dans le réel lui échappera en partie, et que ce qu’il y a de proprement vital dans le vivant lui échappera tout à fait. Notre intelligence, telle qu’elle sort des mains de la nature, a pour objet principal le solide inorganisé. »

Bergson, L’Évolution créatrice

______________________________________________________________________

Pensée du 21 novembre 17

« La distinction fondamentale qu’il faut observer entre la raison et la croyance est qu’elles relèvent de deux dimensions différentes : la raison est la faculté d’affirmer des certitudes qui ne laisse pas de place à l’appréciation affective tandis que la croyance est surtout d’ordre affectif. La croyance nous apporte un confort affectif contre l’angoisse que nous éprouvons face à l’incertain. En nous tous il y a deux dimensions l’une rationnelle et l’autre irrationnelle, l’objectif et le subjectif, … Une hypothèse scientifique est une croyance qu’on soumet à l’examen stricte de la raison et qu’on abandonne dès qu’elle s’y oppose. Les axiomes sur lesquels peut être fondée une science exacte est encore une croyance ! »

HAMID, commentaire sur la Raison s’oppose-t-elle à

_____________________________________________________________________

Pensée du 20 novembre 17

« L’intelligence, à l’état naturel, vise un but pratiquement utile. Quand elle substitue au mouvement des immobilités juxtaposées, elle ne prétend pas reconstituer le mouvement tel qu’il est ; elle le remplace simplement par un équivalent pratique. Ce sont les philosophes qui se trompent quand ils transportent dans le domaine de la spéculation une méthode de penser qui est faite pour l’action. Mais nous nous proposons de revenir sur ce point. Bornons-nous à dire que le stable et l’immuable sont ce à quoi notre intelligence s’attache en vertu de sa disposition naturelle. Notre intelligence ne se représente clairement que l’immobilité. »

Bergson, L’Évolution créatrice

______________________________________________________________________

Pensée du 19 novembre 17

« L’origine de la question de l’interprétation réside dans le caractère polysémique des mots du langage. Il ne s’agit pas ici du phénomène particulier des symboles, mais de la capacité générale de toute expression linguistique d’avoir plusieurs significations lorsqu’elle est située l’intérieur de contextes différents. Ce phénomène est propre au principe d’économie des langues qui permet de pouvoir tout dire avec un nombre réduit de mots. Cela signifie surtout que le contexte exerce un rôle de sélection quant à la signification du mot, et qu’une telle détermination fait appel à une activité de discernement propre à l’interprétation la plus élémentaire. »

Alain Thomasset, Paul Ricoeur. Une poétique de la morale.

_____________________________________________________________________

Pensée du 18 novembre 17

« De tout ce qu’il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n’est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n’est seulement une BONNE VOLONTÉ. L’intelligence, le don de saisir les ressemblances des choses, la faculté de discerner le particulier pour en juger, et les autres talents de l’esprit, de quelque nom qu’on les désigne, ou bien le courage, la décision, la persé­vérance dans les desseins, comme qualités du tempérament, sont sans doute à bien des égards choses bonnes et désirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extrêmement mauvais et funestes si la volonté qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s’appellent pour cela caractère, n’est point bonne. Il en est de même des dons de la fortune »

Emmanuel Kant, Fondation de la métaphysique des mœurs, 1792 (Edition numérique)

________________________________________________________________________________

Pensée du 17 novembre 17

« Le pouvoir, la richesse, la considération, même la santé ainsi que le bien-être complet et le contentement de son état, ce qu’on nomme le bonheur, engendrent une confiance en soi qui souvent aussi se convertit en présomp­tion, dès qu’il n’y a pas une bonne volonté pour redresser et tourner vers des fins universelles l’influence que ces avantages ont sur 1’âme, et du même coup tout le principe de l’action ; sans compter qu’un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais éprouver de satisfaction à voir que tout réussisse perpétuellement à un être que ne relève aucun trait de pure et bonne volonté, et qu’ainsi la bonne volonté paraît constituer la condition indispensable même de ce qui nous rend dignes d’être heureux. »

Emmanuel Kant, Fondation de la métaphysique des moeurs, 1792 (Edition numérique)

____________________________________________________________________

Pensée du 15 novembre 17

« Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrêter notre dispute, étant pleins eux-mêmes d’incertitude, il faut que ce soit la raison; aucune raison ne s’établira sans une autre raison : nous voilà à reculons jusques à l’infini. Notre fantaisie ne s’applique pas aux choses étrangères, mais elle est conçue par l’entremise des sens; et les sens ne comprennent pas le sujet étranger, mais seulement leurs propres passions; et par ainsi la fantaisie et apparence n’est pas du sujet, mais seulement de la passion et souffrance du sens, laquelle passion et sujet sont choses diverses : par quoi qui juge par les apparences, juge par chose autre que le sujet. Et de dire que les passions des sens rapportent à l’âme la qualité des sujets étrangers par ressemblance, comment se peut l’âme et l’entendement assurer de cette ressemblance, n’ayant de soi nul commerce avec les sujets étrangers « 

Montaigne, Essai.

______________________________________________________________________