Archive for the ‘ESTHETIQUE’ Category

Pensée du 26 janvier 19

« Nous voyons avant tout que l’art relève de l’ordre de la gratuité. Est gratuit, ce qui n’est pas simplement un moyen en vue d’une autre chose, c’est ce qui s’accomplit en son essence, du fait simplement d’être là ; ce qui est simplement chez soi dans un apparaître n’exigeant pas de pourquoi ; est gratuit ce qui dans un instant sans temps a déjà trouvé la raison de son être dans le simple fait de venir s’offrir là. Pour cette raison, la gratuité ne pose pas immédiatement la question de sa cause. Il lui suffit d’être simplement effet s’éclatant dans l’être-là. Peut-être, est-ce pour cette raison que nous ne pouvons pas a priori donner du beau une définition matérielle. Il n’est pas de détermination objective aux contours bien arrêtés à partir desquels peut se dire matériellement le beau. Ces circonstances ne signifient point que le beau n’est pas ; ou qu’il serait simplement vapeur se dissolvant dans l’air. Il est mais ne se laisse pas définir dans une description matérielle réifiante. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 25 janvier 19

« Dans les dernières lignes de ses Leçons sur l’Esthétique, Hegel souligne que dans l’art, il ne s’agit pas d’un simple jeu utile ou agréable. Il est question de l’esprit se libérant du contenu et de la forme de la finitude. En l’art, il s’agit de l’esprit s’efforçant d’avoir accès à ce qu’il est en se ressouvenant de sa provenance. Qu’est-ce que la provenance sinon ce lieu de l’appartenance réciproque de l’être et de la parole ? Ce lieu où l’être s’est déjà pressé vers la parole comme son épreuve, sa propre épreuve. Si l’être comme le souligne Aristote, se dit en plusieurs façons, l’œuvre d’art n’est-il pas une modalité de se dire ? Certes, cette modalité ne saurait épuiser l’être. En elle, l’esprit est seulement intuitionné. Il n’est pas appréhendé en tant que ce qui se pose soi-même et est le mouvement de son propre poser. L’esprit n’est pas encore saisi en tant que la substance qui est aussi sujet, c’est-à-dire en infinie médiation de soi. Ici ne se trouve-t-il pas la limite de l’art ?

Son royaume est bien l’esprit mais en lui le tout de l’esprit n’est pas posé comme un tout. Le tout de l’esprit n’est pas posé en son concept. Cette limite n’a pas la signification d’un moindre être, de ce qui aurait dû ne pas être. Au fond, ne constitue-t-il pas la beauté même de l’art en un certain sens ? Peut-être, est-il heureux que par l’art, les choses soient simplement manifestées en leur rayonnement. Simplement ne renvoie pas ici à une pauvreté, mais à ce qui conduit à une surabondance gracieuse. L’œuvre d’art laisse simplement l’étant être en son rayonnement pour inviter le regard, peut-être, à aller vers ce lieu où le voir et l’entendre s’originent et sont relayés par autre chose. Que peut être ce regard, sinon le regard philosophique ? »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 06 janvier 19

Le jugement de goût est esthétique

« La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu’ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu’aurait cette causalité de pouvoir agir indépendam­ment de causes étrangères qui la déterminent ; de même que la nécessité naturelle est la propriété qu’a la causalité de tous les êtres dépourvus de raison d’être déterminée à agir par l’influence de causes étrangères. La définition qui vient d’être donnée de la liberté est négative, et par conséquent, pour en saisir l’essence, inféconde ; mais il en découle un concept positif de la liberté, qui est d’autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d’une causalité implique en lui celui de lois, d’après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu’elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n’est pas cependant pour cela en dehors de toute loi; au contraire, elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d’une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hété­ronomie des causes efficientes ; car tout effet n’est alors pos­sible que suivant cette loi, que quelque chose d’autre détermine la cause efficiente de la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une autonomie, c’est-à-dire dans la propriété qu’elle a d’être à elle-même sa loi ? Or cette proposition : la volonté dans toutes les actions est à elle-même sa loi, n’est qu’une autre formule de ce principe : il ne faut agir que d’après une maxime qui puisse aussi se prendre elle-même pour objet à titre de loi universelle. Mais c’est précisément la formule de l’impératif catégorique et le principe de la moralité ; une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose. »

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785

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Pensée du 11 novembre 18

« L’art concerne le sensible spiritualisé ou le spirituel sensibilisé. L’art n’est possible que si l’artiste meurt au sensible. Hegel écrit pour cette raison que « le royaume de l’art est le royaume des ombres du beau. Les œuvres d’art sont des ombres sensibles. » Ombres ici ne signifie pas un moindre être. Le terme ne renvoie pas à la pale copie d’une chose, ce n’est pas l’inessentiel traînant vers l’arrière de l’essentiel, ce n’est pas un vague souvenir sur le point de s’éteindre soi-même par une soudaine étreinte de soi. Ombres veut dire ce dans quoi le beau ap-paraît, et sans lequel il ne saurait paraître. Ombres signifie ce que le beau laisse être en paraissant et qui est essentiel à son apparaître même. L’art cherche à laisser être, à faire voir. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 07 novembre 18

« L’art est la première figure de la réconciliation entre le sensible et la pensée pure, entre la réalité finie et l’infini de la liberté. Dans la nature, le regard voit bien que quelque chose brille ; désormais, il a la certitude que ce qui paraît n’est pas un accident, mais un être provenu de la profondeur de l’Idée. L’homme sait que la nature est enfant de l’Idée. Enfant désigne ce qui est né. Afin que cette naissance ne soit pas abandonnée à la contingence, l’homme veut la faire retourner à son unique sol de crédibilité. Ce sol est ce que Hegel appelle l’Esprit. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 24 octobre 18

« Le royaume de l’art est bien l’esprit mais en lui le tout de l’esprit n’est pas posé comme un tout. Le tout de l’esprit n’est pas posé en son concept. Cette limite n’a pas la signification d’un moindre être, de ce qui aurait dû ne pas être. Au fond, ne constitue-t-il pas la beauté même de l’art en un certain sens ? Peut-être, est-il heureux que par l’art, les choses soient simplement manifestées en leur rayonnement. Simplement ne renvoie pas ici à une pauvreté, mais à ce qui conduit à une surabondance gracieuse. L’œuvre d’art laisse simplement l’étant être en son rayonnement pour inviter le regard, peut-être, à aller vers ce lieu où le voir et l’entendre s’originent et sont relayés par autre chose. Que peut être ce regard, sinon le regard philosophique ? »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 21 octobre 18

Se représenter par la faculté de connaître (d’une manière claire ou confuse) un édifice régulier, bien approprié à son but, c’est tout autre chose qu’avoir conscience du sentiment de satisfaction qui se mêle à cette représentation. Dans ce dernier cas, la représentation est tout entière rapportée au sujet, c’est-à-dire au sentiment qu’il a de la vie et qu’on désigne sous le nom de sentiment de plaisir ou de peine : de là, une faculté de discerner et de juger, qui n’apporte rien à la connaissance, et qui se borne à rapprocher la représentation donnée dans le sujet de toute la faculté représentative dont l’esprit a conscience dans le sentiment de son état. Des représentations données dans un jugement peuvent être empiriques (par conséquent esthétiques); mais le jugement même que nous formons au moyen de ces représentations est logique, lorsqu’elles y sont uniquement rapportées à l’objet. Réciproquement, quand même les représentations données seraient rationnelles, si le jugement se borne à les rapporter au sujet (à son sentiment), elles sont esthétiques. »

Kant, Critique de la faculté de juger, Analytique du beau, §1, 1790

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Pensée du 20 octobre 18

« Pour décider si une chose est belle ou ne l’est pas, nous n’en rapportons pas la représentation à son objet au moyen de l’entendement et en vue d’une connaissance, mais au sujet et au sentiment du plaisir ou de la peine, au moyen de l’imagination (peut-être jointe à l’entendement). Le jugement de goût n’est donc pas un jugement de connaissance; il n’est point par conséquent logique mais esthétique, c’est-à-dire que le principe qui le détermine est purement subjectif. Les représentations et même les sensations peuvent toujours être considérées dans une relation avec des objets (et c’est cette relation qui constitue l’élément réel d’une représentation empirique); mais il ne s’agit plus alors de leur relation au sentiment du plaisir et de la peine, laquelle ne désigne rien de l’objet, mais simplement l’état dans lequel se trouve le sujet affecté par la représentation. »

Kant, Critique de la faculté de juger, Analytique du beau, §1, 1790

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Pensée du 24 septembre 18

« En face d’un produit des beaux-arts on doit prendre conscience que c’est là une production de l’art et non de la nature; mais dans la forme de ce produit la finalité doit sembler aussi libre de toute contrainte par des règles arbitraires que s’il s’agissait d’un produit de la simple nature. C’est sur ce sentiment de la liberté dans le jeu de nos facultés de connaître, qui doit être en même temps final, que repose ce plaisir, qui est seul universellement communicable, sans se fonder cependant sur des concepts. La nature était belle lorsqu’en même temps elle avait l’apparence de l’art; et l’art ne peut être dit beau que lorsque nous sommes conscients qu’il s’agit d’art et que celui-ci nous apparaît cependant en tant que nature.

Qu’il s’agisse, en effet, de beauté naturelle ou de beauté artistique nous pouvons en effet dire en général : est beau, ce qui plaît dans le simple jugement ( non dans la sensation des sens, ni par un concept ). Or l’art a toujours l’intention de produire quelque chose. S’il s’agissait d’une simple sensation ( qui est quelque chose de simplement subjectif ), qui dût être accompagnée de plaisir, ce produit ne plairait dans le jugement que par la médiation du sentiment des sens. Si le projet portait sur la production d’un objet déterminé, et s’il pouvait être réalisé part l’art, alors l’objet ne plairait que par les concepts. Dans les deux cas l’art ne plairait pas dans le simple jugement; en d’autres termes il ne plairait pas comme art du beau, mais comme art mécanique.

Aussi bien la finalité dans les produits des beaux-arts, bien qu’elle soit intentionnelle, ne doit pas paraître intentionnelle; c’est dire que les beaux-arts doivent avoir l’apparence de la nature, bien que l’on ait conscience qu’il s’agit d’art. Or un produit de l’art apparaît comme nature, par le fait qu’on y trouve toute la ponctualité voulue dans l’accord avec les règles, d’après lesquelles seules le produit peut être ce qu’il doit être; mais cela ne doit pas être pénible; la règle scolaire ne doit pas transparaître; en d’autres termes on ne doit pas montrer une trace indiquant que l’artiste avait la règle sous les yeux et que celle-ci a imposé des chaînes aux facultés de son âme. »

Critique de la faculté de juger ( 1790 ), § 45, trad. A. Philonenko, Vrin, 1993, pp. 202-204.

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Pensée du 20 septembre 18

« L’art, comme habileté de l’homme, est aussi distinct de la science ( comme pouvoir l’est de savoir ), que la faculté pratique est distincte de la faculté théorique, la technique de la théorie ( comme l’arpentage de la géométrie ). Et de même ce que l’on peut, dès qu’on sait seulement ce qui doit être fait, et que l’on connaît suffisamment l’effet recherché, ne s’appelle pas de l’art. Seul ce que l’on ne possède pas l’habileté de faire, même si on le connaît de la manière la plus parfaite, relève de l’art. Camper décrit très exactement comment la meilleure chaussure doit être faite, mais il ne pouvait assurément pas en faire une. L’art est également distinct du métier; l’art est dit libéral, le métier est dit mercenaire. On considère le premier comme s’il ne pouvait obtenir de la finalité ( réussir ) qu’en tant que jeu, c’est-à-dire comme une activité en elle-même agréable; on considère le second comme un travail, c’est-à-dire comme une activité, qui est en elle-même désagréable ( pénible ) et qui n’est attirante que par son effet ( par exemple le salaire ), et qui par conséquent peut être imposée de manière contraignante.

Critique de la Faculté de juger ( 1790 ), § 43, trad. A. Philonenko, Vrin, 1993, pp. 198-200.

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