Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 08 mai 19

« Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieur de coercition; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recours à des arguments, l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion, se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur un pouvoir de celui qui commande; ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît al justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée».

Hannah Arendt, La Crise de la culture, Folio, p. 123.

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Pensée du 07 mai 19

« Toutes choses, objet d’usage, produit de consommation, ou œuvre d’art, possède une forme à travers laquelle elle apparaît; et c’est seulement dans la mesure où quelque chose a une forme qu’on peut la dire chose. Parmi les choses qu’on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabriqué par l’homme, on distingue entre objets d’usage et œuvre d’art ; tous deux possèdent une certaine permanence qui va de la durée ordinaire à une immortalité potentielle dans le cas de l’œuvre d’art. En tant que telles elles se distinguent d’une part des produits de la consommation, dont la durée au monde excède à peine le temps nécessaire à les préparer, et, d’autre part, des produits de l’actions comme les événements, les actes et les mots, tous en eux-mêmes si transitoires qu’ils survivraient à peine à l’heure ou au jour où ils appartiennent au monde, s’ils n’étaient conservés par la mémoire de l’homme, qui tisse en récits et puis par ses facultés de fabrication. Du point de vue de la durée pure, les œuvres d’art sont clairement supérieures à toutes les autres choses: comme elles durent plus longtemps au monde que n’importe quoi d’autre, elles sont les plus mondaines des choses. Davantage, elles sont les seules choses à n’avoir aucune fonction dans le processus vital de la société:   à proprement parler, elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées, ni usées comme des objets d’usages: mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d’utilisation, et isolée loin de la sphère des nécessités de la vie humaine. »

Hannah Arendt, La Crise de la culture, Folio, p. 267-268.

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Pensée du 06 mai 19

« La vérité de  fait, … est toujours relative à plusieurs elle concerne des événements et des circonstances dans lesquels beaucoup sont engagés, elle est établie par des témoins et repose sur des témoignages, elle existe seulement dans le mesure où on en parle, même si cela se passe en privé. Elle st politique par nature. Les faits et les opinions, bien que l’on doive les distinguer, ne s’opposent pas les uns aux autres, ils appartiennent au même domaine. Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirés par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat. En d’autres termes la vérité de fait fournit des informations à la pensée politique tout comme a vérité rationnelle fournit les siennes à la spéculation philosophiques. Mais est-ce qu’il existe aucun fait qui soit indépendant de l’opinion et de l’interprétation? Des générations d’historiens et de philosophe de l’histoire n’ont-elles pas démontré l’impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d’abord être extraits d’un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut pas être raconté sans une certaine perspective, qui n’a rien à voir ave ce qui a eu lieu à l’origine? « .

Hannah Arendt, La Crise de la culture, Folio, p. 303-304.

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Pensée du 05 mail 19

Le « monde de la culture, qui, pour autant qu’il contient des choses tangibles – livres et tableaux, statues, constructions, et musique – englobe, pour en rendre témoignage, le passé tout entier remémoré des pays, des nations, et finalement du genre humain. A ce compte, le seul critère authentique et qui ne dépende pas de la société pour juger ces choses spécifiquement culturelles est leur permanence relative, et même leur éventuelle immortalité. Seul ce qui dure à travers les siècles peut finalement revendiquer d’être un objet culturel. Sitôt que les ouvrages immortels du passé devinrent objets du raffinement social et individuel, avec position sociale correspondante, ils perdirent leur plus importantes et leur plus fondamentale qualité: ravir et émouvoir le lecteur ou le spectateur par-delà les siècles».

Hannah Arendt, La Crise de la culture, Folio, p. 260.

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Pensée du 03 mai 19

« La science, la philosophie et l’art, comme formes privilégiées d’accès au réel, ont pour horizon téléologique ultime l’avènement de l’expérience fondamentale de la mystique… Quand elles consentent à l’humble effort de se rendre fluides en elles-mêmes pour quêter l’aqua ignea, l’eau passée par l’épreuve du feu qui ne cesse de les irriguer, ces trois disciplines ne se surprennent-elles pas à être portées sur les rivages de quelque chose les invitant à confesser l’infini inconnaissable, l’absolu de la donation du divin laissant suggérer symboliquement et allusivement sa suressence, dans la gratuité et la libéralité du SENS ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

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Pensée du 02 mai 19

« Les hommes se cherchent des retraites, chaumières rustiques, rivages des mers, montagnes : toi aussi, tu te livres d’habitude à un vif désir de pareils biens. Or, c’est là le fait d’un homme ignorant et peu habile, puisqu’il t’est permis, à l’heure que tu veux, de te retirer dans toi-même. Nulle part l’homme n’a de retraite plus tranquille, moins troublée par les affaires, que celle qu’il trouve dans son âme, particulièrement si l’on a en soi-même de ces choses dont la contemplation suffit pour nous faire jouir à l’instant du calme parfait, lequel n’est pas autre, à mon sens, qu’une parfaite ordonnance de notre âme. Donne-toi donc sans cesse cette retraite, et, là, redeviens toi-même. Trouve-toi de ces maximes courtes, fondamentales, qui, au premier abord, suffiront à rendre la sérénité à ton âme et à te renvoyer en état de supporter avec résignation tout ce monde où tu feras retour. Car enfin, qu’est-ce qui te fait peine ? La méchanceté des hommes? Mais porte la méditation sur ce principe que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres; que se supporter mutuellement est une portion de la justice, et que c’est malgré nous que nous faisons le mal; enfin, qu’il n’a en rien servi à tant de gens d’avoir vécu dans les inimitiés, les soupçons, les haines, les querelles: ils sont morts, ils ne sont plus que cendre. Cesse donc enfin de te tourmenter. Mais peut-être ce qui cause ta peine, c’est le lot d’événements qu’a créé l’ordre universel du monde ? Remets-toi en mémoire cette alternative : ou il y a une Providence, ou il n’y a que des atomes ; ou bien rappelle-toi la démonstration que le monde est comme une cité. »

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même

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Pensée du 01 mai 19

« Au contraire, l’étonnement philosophique, qui résulte du sentiment de cette dualité, suppose dans l’individu un degré supérieur d’intelligence, quoique, pourtant ce n’en soit pas là l’unique condition : car sans doute, c’est la considération des choses de la mort et les considérations de la douleur et de la misère de la vie qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l’explication philosophique du monde. Si notre vie était infinie et sans douleur, il n’arriverait à personne de se demander pourquoi le monde existe et pourquoi il y a précisément telle nature particulière ; mais toutes les choses se comprendraient d’elles-mêmes. (…) Selon moi, la philosophie naît de l’étonnement au sujet du monde et de notre propre existence, qui s’imposent à notre intellect comme une énigme dont la solution ne cesse dès lors de préoccuper l’humanité. »

Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation

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Pensée du 29 avril 19

La Philosophie de Platon, celle de Descartes, sont pour nous toujours actuelles (…). Si chacune des philosophies constituées peut nous signifier quelque chose, combien signifie davantage, en effet, la pérennité de la philosophie. Cette pérennité témoigne qu’il y a, entre l’homme et les choses, entre la conscience et l’être, un rapport intemporel, dont l’oubli est, pour l’homme, première et fondamentale aliénation. Car l’homme se mutile chaque fois qu’il prend, en face du réel, une attitude unique. La science, l’art, la politique sont en ce sens sources d’aliénation. Activités légitimes, et nécessaires, elles ne sauraient prétendre à la totalité, et il est clair que le malaise de la civilisation occidentale trouve sa source principale dans la réduction, opérée par le monde moderne, de tous les rapports que l’homme peut avoir avec l’univers, au seul rapport technique. Rappelant, d’abord, que l’homme n’est pas seulement l’objet possible de la connaissance et de l’action, mais aussi leur nécessaire sujet, la réflexion philosophique permet à la conscience de se reprendre.  »

Ferdinand Alquié

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Pensée du 28 avril 19

 » Je vois par exemple que deux fois deux font quatre, et qu’il faut préférer son ami à son chien; et je suis certain qu’il n’y a point d’homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l’esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu’il y ait une Raison universelle qui m’éclaire, et tout ce qu’il y a d’intelligences. Car si la raison que je consulte, n’était pas la même qui répond aux chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis, que les chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous mêmes, est une raison universelle. Je dis: quand nous rentrons dans nous mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu’un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu’elles ne sont pas conformes à la souveraine raison, ou à la raison universelle que tous les hommes consultent.  »

Malebranche, De la Recherche de la vérité

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Pensée du 27 avril 19

« La foule (…) a longtemps méconnu le philosophe, elle l’a confondu soit avec l’homme de science et le savant idéal, soit avec le mystique exalté qui, affranchi de la morale, retiré du monde, s’enivre de Dieu; et quand de nos jours on entend dire d’un homme qu’il mène la vie du « sage » et du « philosophe », cela ne signifie presque rien de plus qu’une vie « prudente » et « retirée ». La sagesse, aux yeux du vulgaire, c’est un refuge, un moyen, un artifice pour tirer son épingle du jeu ; mais le, véritable philosophe, ne le sentons-nous pas, mes amis, ne vit ni en « philosophe » ni en « sage », ni surtout en homme prudent et sent peser sur lui le fardeau et le devoir des cent tentatives, des cent tentations de la vie ; sans cesse il se met lui-même en jeu, il joue le mauvais jeu par excellence… »

Nietzsche, Le livre du philosophe

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