Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 01 août 17

« Cette phrase la science ne pense pas, qui a fait tant de bruit lorsque je l’ai prononcée, signifie la science ne se meut pas dans la dimension de la philosophie. Mais, sans le savoir, elle se rattache à cette dimension. Par exemple la physique se meut dans l’espace et le temps et le mouvement. La science en tant que science ne peut pas décider de ce qu’est le mouvement, l’espace, le temps. La science ne pense donc pas, elle ne peut même pas penser dans ce sens avec ses méthodes. Je ne peux pas dire, par exemple, avec les méthodes de la physique, ce qu’est la physique. Ce qu’est la physique, je ne peux que le penser à la manière d’une interrogation philosophique. La phrase la science ne pense pas, n’est pas un reproche, mais c’est une simple constatation de la structure interne de la science c’est le propre de son essence que, d’une part, elle dépend de ce que la philosophie pense, mais que, d’autre part, elle oublie elle-même et néglige ce qui exige là d’être pensé ». »

Martin Heidegger, Der Spiegel (1976)

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Pensée du 31 juillet 17

“L’histoire de l’Être n’est ni l’histoire de l’homme et d’une humanité, ni l’histoire du rapport humain à l’étant et à l’Être. L’histoire de l’Être est l’être même, et rien que celui-ci. Toutefois, parce que l’Être, pour fonder sa vérité dans l’étant, revendique l’être humain, l’homme demeure impliqué dans l’histoire de l’Être, jamais autrement que selon la manière dont il assume son essence à partir du rapport à l’être et conformément à ce rapport, – selon la manière aussi dont il la perd, la transgresse, la sacrifie, la motive ou la gaspille. Le fait que l’homme n’appartient à l’histoire de l’Être que dans la sphère de son essence déterminée par la revendication de l’Être et non pas eu égard à sa façon de se manifester, d’agir et de produire, de réaliser à l’intérieur de l’étant, voilà qui signifie une restriction particulière. Elle peut se révéler en tant qu’un signe d’élection, aussi souvent que l’Être donne à savoir ce qui vient en son propre, quand il est permis à l’homme de risquer son essence, que la primauté de l’étant a immergée dans l’oubli.”

Martin Heiddeger

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Pensée du 30 juillet 17

« Une manière essentielle dont la vérité s’institue dans l’étant qu’elle a ouvert elle-même, c’est la vérité se mettant elle-même en œuvre. Une autre manière dont la vérité déploie sa présence, c’est le geste qui fonde une cité. Une autre manière encore pour la vérité de venir à l’éclat, c’est la proximité de ce qui n’est plus tout bonnement un étant, mais le plus étant des étants. Une nouvelle manière pour la vérité de fonder son séjour c’est le sacrifice essentiel. Une dernière manière enfin pour la vérité de devenir, c’est le questionnement de la pensée qui, en tant que pensée de l’être, nomme celui-ci en sa dignité de question. La science au contraire n’est pas un avènement inaugural de la vérité, mais toujours le développement et l’exploitation d’une région du vrai déjà ouverte, ce qui se fait en concevant et en fondant (sur le mode de la preuve) comme exact ce qui dans sa sphère se montre comme tel d’une façon possible et nécessaire. Lorsque, et dans la mesure où une science arrive à dépasser la justesse de l’exact pour arriver à un dévoilement essentiel de l’étant comme tel, elle est philosophie. »

Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard p. 69.

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Pensée du 29 juillet 17

« Le Dasein est, en son être, à chaque fois déjà en avant de lui-même. Le Dasein est toujours déjà « au-delà de soi », non pas en tant que comportement vis-à-vis d’un autre étant qu’il n’est pas, mais en tant qu’être pour le pouvoir-être qu’il est lui-même. Cette structure d’être du « y aller de… » essentiel, nous la saisissons comme l’être-en-avant-de-soi du Dasein. Mais cette structure concerne le tout de la constitution du Dasein. L’être-en-avant-de-soi ne signifie pas quelque chose comme une tendance isolée d’un « sujet » sans monde, elle caractérise l’être-au-monde. Mais à celui-ci il appartient d’être remis à lui-même, d’être à chaque fois déjà jeté dans un monde. L’abandon du Dasein à lui-même se manifeste de manière originairement concrète dans l’angoisse. »

Martin Heidegger, Être et temps, §41

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Pensée du 28 juillet 17

« Le résultat des tests est la sélection des hypothèses qui ont résisté aux épreuves, au moyen de l’élimination de celles qui ne l’ont pas fait, et qui ont en conséquence été rejetées. Il est important de se rendre compte des conséquences de cette conception. Ce sont celles-ci: tous les tests peuvent être interprétés comme des tentatives d’élimination des théories fausses – des essais pour découvrir les points faibles d’une théorie, afin de la rejeter si elle est falsifiée. On estime parfois que cette conception est paradoxale; notre but, dit-on, est d’établir des théories, non pas d’éliminer celles qui sont fausses. Mais précisément parce que notre but est d’établir des théories du mieux que nous le pouvons, nous devons les tester aussi sévèrement que nous le pouvons; c’est-à-dire que nous devons essayer de les mettre en défaut, de les réfuter. Ce n’est que si nous ne pouvons pas les réfuter, en dépit des plus grands efforts, que nous pouvons dire qu’elles ont résisté aux tests les plus sévères. C’est la raison pour laquelle la découverte d’exemples qui confirment une théorie a très peu de signification, si nous n’avons pas essayé, sans succès, de découvrir des réfutations. Car si nous ne prenons pas une attitude critique, nous trouverons toujours ce que nous désirons: nous rechercherons, et nous trouverons, des confirmations; nous éviterons, et nous ne verrons pas, tout ce qui pourrait être dangereux pour nos théories favorites. De cette façon, il n’est que trop aisé d’obtenir ce qui semble une preuve irrésistible en faveur d’une théorie qui, si on l’avait approchée d’une façon critique, aurait été réfutée. Afin de faire fonctionner la méthode de sélection par élimination, et de garantir que seules les théories les plus convenables survivent, leur lutte pour la vie doit être rendue sévère ».

Karl Popper, Misère de l’historicisme

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Pensée du 27 juillet 17

« Les autres hommes la possède bien comme une partie d’eux-mêmes, parce qu’ils la possèdent seulement en puissance ; mais l’homme heureux est celui qui, désormais, est en acte cette vie elle-même, celui qui est passé en elle jusqu’à s’identifier avec elle ; désormais les autres choses ne font que l’environner, sans qu’on puisse dire que ce sont des parties de lui-même, puisqu’il cesse de les vouloir et qu’elles ne sauraient adhérer à lui que par l’effet de sa volonté. –Qu’est ce que le bien pour cet homme ? –Il est son bien à lui-même, grâce à la vie parfaite qu’il possède. Mais la cause du bien qui est en lui, c’est le Bien qui est au-delà de l’intelligence et il est, e,n un sens, tout autre que le bien qui est en lui. La preuve qu’il en est ainsi, c’est que dans cet état, il ne cherche plus rien. Que pourrait-il chercher ? Des choses inférieures ? Non pas ; il a en lui la perfection ; celui qui possède ce principe vivifiant mène une vie qui se suffit à elle-même ; l’homme sage n’a besoin que de lui-même pour être heureux et acquérir le bien, il n’est de bien qu’il ne possède… Dans la chance adverse, son bonheur n’est pas amoindri ; il est immuable, comme al vie qu’il possède ; quand ses proches ou ses amis meurent, il sait ce qu’est la mort, et ceux qui la subissent le savent aussi, s’ils sont des sages ; la perte de ses proches et des ses parents n’émeut en lui que la partie irrationnelle dont les peines de l’atteignent pas ».

Plotin, Les Ennéades I, 4.

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Pensée du 26 juillet 17

« Ne fais pas sortir par violence l’âme du corps, pour qu’elle ne sorte pas ainsi. Car elle s’en ira bien si elle a la disposition qu’il faut pour s’en aller: s’en aller, c’est passer dans un autre séjour. L’âme restera plutôt et elle laissera le corps se détacher d’elle tout entier, quand il n’est plus besoin pour elle de changer de lieu, mais qu’elle est déjà tout à fait hors du corps. -Comment donc le corps se détache-t-il de l’âme? – Lorsque l’âme n’a plus aucun lien avec lui; et le corps ne peut plus la maintenir dans ses liens, dès qu’il a perdu la liaison harmonique, grâce à laquelle il possédait une âme. -Qu’arrive-t-il donc si on emploie des moyens violents pour rompre cette harmonie du corps? – On fait alors violence au corps pour le détacher de l’âme; ce n’est plus lui qui laisse l’âme partir. Et c’est la passion qui fait rompre ces liens; c’est l’ennui, le chagrin ou la colère; il ne faut pas agir ainsi. -Mais si l’on s’apercevait que la folie va venir? – Il est peu probable que la folie s’empare du sage; mais si elle vient, qu’il la mette au nombre de ces événements nécessaires que nous acceptons, étant données les circonstances, bien que nous ne les voulions pas en eux-mêmes.

Plotin, Les Ennéades I, 9.

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Pensée du 25 juillet 17

« Il est raisonnable d’admettre que l’acte qui émane en quelque sorte de l’Un est comme la lumière qui émane du soleil; toute la nature intelligible est une lumière; debout, au sommet de l’intelligible et au dessus de lui, règne l’Un, qui ne pousse pas hors de lui la lumière qui rayonne. Ou encore, nous admettrons que l’Un est, avant la lumière, une autre lumière qui rayonne sur l’intelligible, en restant immobile. L’Etre qui vient de l’Un ne se sépare pas de lui et n’est pas identique à lui. Il est faux qu’il ne soit pas une substance, et qu’il soit comme un aveugle: il voit, il se connaît lui-même; il est le premier être connaissant. L’Un est au delà de la connaissance, comme il est au-delà de l’intelligence; il n’a pas plus besoin de cela connaissance que de nulle autre chose. La connaissance est une certaine unité; lui est simplement unité; s’il était une certaine unité, il ne serait pas l’Un en soi. L’un est antérieur à quelque chose. »

Plotin, Les Ennéades V, 3.

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Pensée du 24 juillet 17

« Le problème de la découverte du feu et des moyens de l’allumer ont excité la curiosité et exercé l’ingéniosité des hommes à diverses époques et dans beaucoup de régions du monde. Pris dans leur ensemble, ils semblent indiquer la croyance générale que l’humanité, en ce qui concerne le feu, aurait passé par trois phases : pendant la première, les hommes ignorèrent l’usage ou même l’existence du feu ; pendant la seconde, ils en vinrent à connaître le feu et à s’en servir pour se chauffer et pour cuire leur nourriture, mais ils ignoraient encore tout des façons de l’allumer ; pendant la troisième, ils découvrirent ou employèrent régulièrement, comme procédé d’allumage, l’une ou plusieurs des méthodes qui sont encore, ou étaient encore récemment, en vogue chez les races d’hommes les plus arriérés. Ces récits supposent implicitement qu’il y a eu trois âges successifs correspondant à trois phases culturelles et que nous pouvons appeler : l’Âge sans Feu, l’Âge du Feu Employé et l’Âge du Feu Allumé »

James George FRAZER, Mythes sur l’origine du feu, Paris, Payot, 1967, p. 162.

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Pensée du 23 juillet 17

« On peut donc dire que l’Eternité est la Vie infinie; ce qui veut dire qu’elle est une vie totale et qu’elle ne perd rien d’elle-même, puisqu’elle n’a ni passé ni avenir, sans quoi elle ne serait pas totale. Nous voilà ainsi bien près d’une définition de l’éternité. et ce qui suit notre définition: « il est une vie totale qui ne perd rien », explique le mot infini. Cette nature éternelle, qui est si belle, est auprès de l’Un; elle vient de lui et va vers lui; elle ne s’en va pas loin de lui; mais elle reste toujours près de lui et en lui; elle conforme sa vie à l’Un. C’est, je crois, ce qui a été exprimé par Platon en de si beaux termes et avec une telle profondeur de pensée. »L’éternité reste dans l’Un ».Se ramener à l’Un pour l’Eternité, c’est non seulement se ramener à elle-même, mais encore maintenir la vie de l’Etre auprès de l’Un. Voilà ce que nous cherchons; ce qui reste ainsi auprès de l’Un possède l’Eternité ».

Plotin, Les Ennéades III, 7.

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