Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 12 juillet 17

« On ne s’imagine Platon et Aristote qu’avec de grandes robes de pédants. C’était des gens honnêtes et comme les autres, riants avec leurs amis: et quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l’ont fait en se jouant. C’était la partie la moins philosophique et la moins sérieuse de leur vie. La plus sérieuse était de vivre simplement et tranquillement. S’ils ont écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous. Et s’ils ont fait semblant d’en parler comme d’une grande chose, c’est qu’ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensaient être roi et empereurs. Ils entraient dans leurs principes pour modérer leur folie au moins mal qu’il se pouvait ».

Pascal

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Pensée du 11 juillet 17

« Et je n’ai choisi cette science [la géométrie] (…) que parce qu’elle seule sait les véritables règles du raisonnement, et, sans s’arrêter aux règles des syllogismes qui sont tellement naturelles qu’on ne peut les ignorer, s’arrête et se fonde sur la véritable méthode de conduire le raisonnement en toutes choses, que presque tout le monde ignore, et qu’il est si avantageux de savoir, que nous voyons par expérience qu’entre esprits égaux et toutes choses pareilles, celui qui a de la géométrie l’emporte et acquiert une vigueur toute nouvelle. Je veux donc faire entendre ce que c’est que démonstration par l’exemple de celle de géométrie, qui est presque la seule des sciences humaines qui en produise d’infaillibles, parce qu’elle seule observe la véritable méthode, au lieu que toutes les autres sont par une nécessité naturelle dans quelque sorte de confusion que les seuls géomètres savent extrêmement reconnaître. Cette véritable méthode qui formerait les démonstrations dans la plus haute excellence, s’il était possible d’y arriver, consisterait en deux choses principales : l’une, de n’employer aucun terme dont on n’eût auparavant expliqué nettement le sens, l’autre, de n’avancer jamais aucune proposition qu’on ne démontrât par des vérités déjà connues : c’est-à-dire, en un mot, à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions ».

Pascal, Oeuvres complètes, éd. du Seuil, 1963, p. 349.

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Pensée du 10 juillet 17

« Il y a une foule de signes que l’Être est incréé, impérissable, car seul il est complet, immobile et éternel. on ne peut dire qu’i a été ou qu’il sera, puisqu’il est )à la fois tout entier dans l’instant présent, un, continu. en effet, quelle naissance lui attribuer? Comment et par quel moyen justifier son développement? Je ne te laisserai ni dire ni penser que c’est pas le non-être… L’Être n’a ni naissance ni commencement… Diké ne relâche pas ses chaînes et ne permet ni la naissance ni la mort, mais maintient fermement ce qui est… L’Être n’est pas non plus divisible, puisqu’il est tout entier identique à lui-même; il ne subit ni accroissement, ce qui serait contraire à sa cohésion, ni diminution, mais tout entier il est rempli d’Être; aussi est-il entièrement continu, car l’Être est contigu à l’Être. D’autre part, il est immobile, contenu dans l’étreinte de liens puissants, il est sans commencement et sans fin, puisque nous avons repoussé absolument l’idée de sa naissance et de sa mort, à quoi répugnent du reste notre conviction et notre sens de la vérité. Il demeure identique à lui-même, dans le même état et par lui-même. Ainsi reste-il immuable, à la même place, car la puissance Nécessité le maintient étroitement dans ses limites qui l’enserrent de toutes parts ».

Parménide, La voix de la vérité, in Les penseurs grecs avant Socrate.

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Pensée du 09 juillet 17

« Et bien donc! Je vas parler; toi, écoute et retiens mes paroles qui t’apprendront quelles sont les deux seules voies d’investigation que l’on puisse concevoir. La première dit que l’Être est ce qu’il n’est pas possible qu’il ne soit pas. c’est le chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité. L’autre, c’est : l’Être n’est pas et nécessairement le non-être est. Cette voie est un étroit sentier où l’on ne peut rien apprendre. Car on ne peut saisir par l’esprit le non-être, puisqu’il est hors de notre portée, on ne peut pas non plus l’exprimer par des paroles, en effet, c’est la même chose que penser et être. De toute nécessité, il faut dire et penser que l’Être est, puisqu’il est l’Être. Quand au non-être, il n’est rien, affirmation que je t’invite à bien peser. D’abord écarte ta pensée de cette voie de recherche que viens de condamner; fais en autant pour celle où errent de-ci de-là les hommes ignorants à double visage. L’embarras de leur pense pousse en tous sens leur esprit incertain; ils se laissent entraîner, sourd et aveugle, hébétés, foule irréfléchie pour laquelle être et n’être pas, c’est et ce n’est pas la même chose, leur opinion est qu’en tout il existe une route qui s’oppose à elle-même ».

Parménide, La voie de la vérité  in Les penseurs grecs avant Socrate, p. 94.

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Pensée du 08 juillet 17

« Comment la Terre, le Soleil et la Lune, L’éther commun le lait du ciel, l’Olympe le plus reculé et les astres brûlants ont commencé à se former. Les plus étroites (couronnes) sont remplies de feu sans mélange; les suivantes le sont de nuit; puis revient le tour de la flamme. Au milieu de toutes est la Divinité qui gouverne toutes choses ; elle préside en tous lieux à l’union des sexes et au douloureux enfantement. C’est elle qui pousse la femelle vers le mâle et tout aussi bien le mâle vers la femelle… Elle a conçu l’amour, le premier de tous les dieux. Brillant pendant la nuit, elle roule autour de la Terre sa lueur étrangère. Regardant toujours vers la splendeur du Soleil Tel est, soit d’une façon, soit de l’autre, le mélange qui forme le corps et les membres, telle se présente la pensée chez les hommes; c’est une même chose que l’intelligence et que la nature du corps des hommes en tout et pour tous; ce qui prédomine fait la pensée. A droite les garçons, à gauche les filles. C’est ainsi que, selon l’opinion, ces choses se sont formées et qu’elles sont maintenant et que plus tard elles cesseront, n’étant plus entretenues. A chacune d’elles les hommes ont imposé le nom qui la distingue.

Parménide, La voix de la vérité, in Les penseurs grecs avant Socrate.

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Pensée du 07 juillet 17

« La doctrine marxiste est d’abord une science à laquelle Marx a donné le nom de matérialisme historique. Cette science, dont Le Capital présente la première réalisation objective, sous une forme d’exposition systématique, est science au sens strict, bien qu’en un sens absolument inédit : elle se définit par rapport à un objet matériel ; elle détermine les limites et les lois qui permettent de constituer celui-ci en objet de connaissance, par voie de démonstration et de vérification pratique. Cet objet n’est pas l’« histoire » au sens empirique, l’évolution des sociétés humaines, le « passé », mais l’ensemble des modes de production apparus (et à paraître) dans l’histoire, leur fonctionnement et les formes de transition qui font passer d’un mode de production à un autre. La science de l’histoire se ramène à la théorie des modes de production, parce que c’est « le mode de production de la vie matérielle qui conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général » (Marx). »

Étienne BALIBAR, Pierre MACHEREY, « Marxisme, le matérialisme dialectique », Encyclopédie universelle

Pensée du 06 juillet 17

« Chacun sait, ou l’expérience le lui apprend avec l’âge, que le bonheur semble d’autant plus s’éloigner qu’on cherche ardemment à l’atteindre. On ne peut pas lui courir après. On ne peut pas le chercher, parce qu’on ne peut pas le reconnaître de loin et qu’il ne se dévoile que soudain, lorsqu’il est là. Le bonheur ? Ce sont ces quelques minutes dans une vie où le monde devient tout à coup parfait, par un concours de circonstances imperceptibles. La chaleur d’une main, la vue d’une eau cristalline ou le chant d’un oiseau : comment pourrait-on « chercher à atteindre » des choses de ce genre ? Mais ce ne sont pas non plus toutes ces choses qui comptent, mais seulement la disposition d’âme (seelische Bereitschaft) qu’elles rencontrent. Ce qui importe c’est que l’âme soit capable de vibrer au bon moment, que ses cordes n’aient pas été détendues par les sons qui en ont été tirés jusque-là, que les accès aux joies les plus élevées ne soient pas encrassés (durch Schmutz verstopft). Mais l’homme peut veiller à tout cela, à la réceptivité, à la pureté (Reinheit) de l’âme. Il ne peut pas attirer le bonheur, mais il peut disposer toute son existence de manière à être prêt, à tout moment, à le recevoir quand il vient ».

Moritz Schlick, Questions d’éthique (1930), VIII, 10, Trad. C. Bonnet, Paris, P.U.F., 2000, p. 168.

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Pensée du 05 juillet 17

 » Supposez un printemps perpétuel sur la terre ; supposez partout de l’eau, du bétail, des pâturages : supposez les hommes sortant des mains de la nature une fois dispersés parmi tout cela : je n’imagine pas comment ils auraient jamais renoncé à leur liberté primitive et quitté la vie naturelle, pour s’imposer sans nécessité l’esclavage, les travaux, les misères inséparables de l’état social. Celui qui voulut que l’homme fût sociable toucha du doigt l’axe du globe et l’inclina sur l’axe de l’univers. A ce léger mouvement, je vois changer la face de la terre et décider la vocation du genre humain : j’entends au loin les cris de joie d’une multitude insensée ; je vois édifier les palais et les villes ; je vois naître les arts, les lois, le commerce ; je vois les peuples se former, s’étendre, se dissoudre, se succéder comme les flots de la mer ; je vois les hommes, rassemblés sur quelques points de leur demeure pour s’y dévorer mutuellement, faire un affreux désert du reste du monde, digne monument de l’union sociale et de l’utilité des arts. « 

Rousseau, Essai sur l’origine des langues

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Pensée du 04 juillet 17

« Toute enquête métaphysique sur Dieu procède pour Duns Scot de la manière suivante : on considère la raison formelle de quelque chose, on ôte de cette raison formelle l’imperfection qu’elle aurait dans les créatures, on pose cette raison formelle à part en lui attribuant la perfection absolument suprême, et on l’attribue à Dieu sous cette forme. Soit par exemple la raison formelle de sagesse (d’intelligence) ou de volonté : considérée en elle-même et pour elle-même, elle n’inclut ni imperfection ni limitation ; une fois écartées les imperfections qui l’accompagnent dans les créatures, on l’attribue à Dieu en la portant au suprême degré de perfection. Toute enquête sur Dieu suppose donc que l’intellect y ait le même concept univoque qu’il tire des créatures. »

Etienne GILSON, Jean Duns Scot: introduction à ses positions fondamentales, Paris, J. Vrin, 1952.

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Pensee du 03 juillet 14

« L’idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l’âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d’un seul coup table rase des connais­sances usuelles. Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est, spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.

Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1999.

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